Nouveau rendez-vous dans notre blog avec SabJi ! Sabrina donne des cours pour grainedephotographe.com depuis Juillet 2012.

Diplômée des Ecoles d’Art de Pau et de Grenoble, la photographe a construit pas à pas une démarche artistique cosmopolite interrogeant l’humain à la fois dans sa diversité et dans son universalité.

Passionnée de voyages, de tango argentin et par la rencontre avec l’autre, SabJi photographie le monde en mouvement, travaille les corps et la lumière. Un univers tour à tour coloré et monochrome, que nous vous proposons de découvrir dans notre rubrique « Rendez-vous avec un photographe »:

SabJi, Bolivie, Potosi

SabJi, Bolivie, Potosi

Tu définis ton regard photographique comme naïf et investigateur. N’est-ce pas contradictoire ?

Un peu, mais quand on voit mon travail, c’est logique. Je crois que j’ai besoin de porter un regard naïf sur les éléments que je photographie. Dans le même temps, je construis vraiment chaque travail comme quelqu’un ferait un reportage : il y a plusieurs mois voire pour certains projets plusieurs années de recherche avant de photographier.

CendrillonS, SabJi

CendrillonS, SabJi

Tu prépares donc bien en amont tes séries photographiques?

Oui, j’ai souvent un regard anthropologique sur ce que je vais photographier. Je travaille beaucoup sur l’humain, mais pour un résultat qui n’est pas forcément dans le descriptif, et c’est peut être là qu’est la partie naïve de mon travail.

J’interviewe régulièrement des gens : ce ne sont pas forcément ceux que je prends en photo, mais la sensation que j’ai d’eux et que j’essaie de retrouver en images.

Tu portes une attention particulière au thème de la diversité culturelle. Comment cherches-tu à l’exprimer dans tes photographies ?

Je cherche à exprimer la diversité culturelle, mais également l’universalité. Je pense qu’on a tous des points communs qui nous relient. La diversité culturelle s’exprime à travers des détails qui sont constitutifs d’une identité. Par exemple, une silhouette, un détail du drapé. Pourquoi faire en photographie une femme africaine en détail alors que finalement, sa simple silhouette dans un flou de mouvement indique déjà sa provenance culturelle ?

CendrillonS, SabJi

CendrillonS, SabJi

Tu opères un travail méticuleux sur le corps : corps fantomatique, traces de corps, le corps costumé, parties du corps, le corps vieillissant. D’où te vient cette obsession pour le corps et comment la transcris-tu visuellement ?  

Il est vrai que je travaille beaucoup autour des silhouettes, sans visage et avec du mouvement.Les corps sont fascinants, transformables : c’est notre véhicule, ce sur quoi les choses ressortent.

Il y a quelque chose également qui est de l’ordre de l’introspection. Car dans le même temps, je travaille de plus en plus sur moi, et sur les corps vieillissants (nus, ridés). Est-ce que j’ai des problèmes d’acceptation de mon propre corps et cela se ressentirait dans mon travail ? Sans doute !

Je travaille en ce moment avec Eliane, 90 ans, petite fille d’une princesse russe, fille d’un des soldats de la garde impériale Nicolas II.

Je la rencontre régulièrement: j’ai pris ces photos de sa vie, depuis sa naissance, de ses parents, de ses amours. Je suis entrain de faire un parallèle entre sa vie trépidante et sa vie d’aujourd’hui dans son petit appartement, où elle se sent enfermée et où elle dit textuellement : «je me fais chier ! ».

Work in progress, Eliane, SabJi

Work in progress, Eliane, SabJi

Comment as-tu construit ta série CendrillonS et que cherche t-elle à exprimer ?  

Cendrillon n’est pas un conte que j’aimais à la base. J’avais cette idée de faire un tour du monde en suivant un fil directeur. J’ai choisi cette histoire, qui à priori est la plus racontée dans le monde.

Il existe 345 versions différentes du conte, et j’ai trouvé cela très intriguant de voir que cette histoire que je jugeais édulcorée soit à ce point diffusée. J’ai découvert des histoires qui avaient beaucoup plus de sens que la version de Perrault, reprise par Disney.

Le conte m’a permis d’aborder les femmes avec des questions sur leur vie, mais pas de manière brutale. J’ai commencé par leur raconter le conte,  puis je les ai interviewées pour savoir comment elles passaient de l’enfance à l’âge adulte. C’est que le conte raconte n’est pas tant l’idée de tomber amoureuse que d’être connu par quelqu’un qui est déjà connu. En l’occurrence, il s’agit du prince charmant.

CendrillonS, SabJi

CendrillonS, SabJi

Cendrillon, c’est aussi des valeurs universelles et belles comme le fait d’être assez tenace, de se battre et de dépasser les difficultés, de triompher de ceux qui nous maltraitent.

J’ai réalisé 4 à 5 interviews par pays. Suite à ce travail de fond, je me suis baladé dans les rues en photographiant avec un flou de mouvement et de la surexposition. J’ai lancé un processus assez aléatoire où la lumière sculpte les corps et joue un rôle dans ce qui va apparaître sur ma photo : des têtes bizarres qui vont faire penser à des sorcières, des personnages sublimes…

Ce procédé permet une réminiscence du conte dans le quotidien. Pour Edgar Brasey, « les contes ne sont pas faits pour endormir les enfants, mais pour éveiller les hommes à la conscience d’eux-mêmes. »

Ces photographies ont été rassemblées dans une exposition qui a voyagé en France et à l’ambassade de France d’Oulan-Bator, en Mongolie. Ce projet a donné un autre regard sur la condition féminine.

CendrillonS, SabJi

CendrillonS, SabJi

Comment te sers-tu de ton univers artistique dans les cours que tu donnes pour Graine de Photographe ?

Je suis très exigeante sur le sens de l’image. Je répète à chaque élève : «  vos photographies, la technique c’est bien. Mais si vous ne savez pas ce que vous voulez dire, vous ne pourrez pas faire de belles images. »

Dès que les gens commencent à être à l’aise avec leurs images, je les questionne sur le discours qu’ils donnent à leurs photographies. J’essaie de les encourager sur la composition de l’image et sur ce qu’ils ont envie de dire, même les choses les plus simples.

Lost, SabJi

Lost, SabJi

Que t’apportes le fait de donner des cours chez Graine de Photographe ?

Des millions de choses ! C’est génial d’être prof, car cela nous permet beaucoup de recul sur notre pratique, qui se fait majoritairement en solo.

Etre confronté au regard des autres, cela apporte toujours des petites remises en question. Il faut par exemple être capable d’expliquer les choses de mille manières différentes, pour que chacun puisse les comprendre.

Donner des cours, c’est aussi la satisfaction de transmettre ce que l’on aime. J’aurais aimé rencontrer des professeurs qui m’encouragent dans ma pratique.

Cette découverte et cette fraicheur par rapport au monde de la photographie sont très enrichissantes. Et je ne parle pas même pas de ceux qui font déjà des photos incroyables et ont un fort potentiel. On est fiers de leur ouvrir quelques portes.

Quels conseils tu pourrais donner à de jeunes photographes ?

De faire uniquement ce qui leur plait et de ne pas essayer de plaire. D’aller toujours plus loin dans sa démarche et de se faire plaisir.

Work in progress, Eliane, SabJi

Work in progress, Eliane, SabJi

 

Work in progress, Eliane, SabJi

Work in progress, Eliane, SabJi

 

Lost, SabJi

Lost, SabJi

 

Lost, SabJi

Lost, SabJi

 

CendrillonS, SabJi

CendrillonS, SabJi

 

CendrillonS, SabJi

CendrillonS, SabJi

 

En savoir plus sur SabJi: 

Site web

Book de Sab Ji sur le site grainedephotographe.com