Photographe, artiste et chercheur, le photographe Térence Pique multiplie les étiquettes. Après avoir suivi un cursus de formation photographie et multimédia à l’Université Paris VIII Térence prépare un doctorat en arts appliqués spécialisation photographie. Sa pratique passionnée de la photographie au service d’une intention conceptuelle le pousse à utiliser de nombreux formats et techniques du sténopé à la chambre grand format, la photo numérique ainsi que la vidéo. Térence expose régulièrement dans des galeries en Europe et participe régulièrement à des résidences artistiques.
En tant que photographe il collabore souvent avec des agences d’architecture et le milieu des arts du spectacle.

 

Terence Pique photographe

Terence Pique

Tu navigues en France et Espagne, avec des expositions photos dans les deux pays. Que t’apportes cette double culture ?

Je pense que ma pratique en elle-même s’est vraiment développée en Espagne, même si c’est en France que je me suis formé à la photo. C’est en Espagne que j’ai pris le temps de me lancer en photographie et du coup d’avoir l’occasion d’obtenir des résidences, et de mettre en jeu mon travail photographique.

C’est donc au contact de ce territoire que ma pratique s’est développée avec ses paysages, ses espaces, il y avait quelque chose que je ne retrouvais pas en France. L’Espagne est une source d’inspiration.

Le côté français m’a ouvert certaines portes en Espagne. J’ai apporté pour certaines personnes un regard extérieur, une diversité, car je ne suis pas dans la filière photo telle qu’elle se développe là bas. La photographie espagnole est en plein développement contrairement à la photographie française qui ne connaît pas beaucoup de renouveau j’ai l’impression. En Espagne il y a une grande dynamique, même si cela reste plutôt de la photo proche du reportage et du documentaire.

 

Développement, Sous le plastique des mots, 2011 - Terence Pique ©

Développement, Sous le plastique des mots, 2011 – Terence Pique ©

Dans tes photos, tu joues énormément sur l’espace en utilisant par exemple des éléments de la géographie (topologie, localisation). Ta photographie est-elle au service d’une démarche scientifique, d’un concept ou bien si c’était l’inverse? 

En fait, les deux sont mêlés. Très souvent je prend comme point de départ une expérience géographique et un territoire concret. Par exemple, quand j’ai travaillé sur une zone du sud de l’Espagne, sous des serres en plastique, ça a été vraiment une découverte et un paysage qui m’a fasciné au départ.

Puis j’ai très vite voulu prendre mes distances avec cette fascination première pour aborder le territoire de manière plus conceptuelle et moins photographique. C’est une démarche presque politique, j’ai envie que la photo réponde à un processus de pensée et que l’image en elle-même ne soit pas juste le résultat d’une simple prise de vue. Il faut qu’il y ait quelque chose en plus. C’est une façon d’aborder ce paysage déjà 1000 fois photographié et 1000 fois étudié. En fait la photo est pour moi un prétexte à une réflexion théorique sur l’espace et sur la représentation.

J’ai donc un intérêt pour le territoire et la géographie et leurs implications socio-politiques, c’est le point de départ de mes projets.

Je suis toujours sur ce double jeu : je commence par une approche physique d’un espace donné avec un goût prononcé pour les situations problématiques. Ensuite, je vais réaliser mon projet photographique dans le but d’interroger cette situation.

Pour suivre un cours de photo d’architecture avec Terence c’est par ici.

N 36.1092 / O 5.3456, Aspectus in extremis, 2013, Terence Pique ©

N 36.1092 / O 5.3456, Aspectus in extremis, 2013, Terence Pique ©

N 36.1234 / O 5.4422, Aspectus in extremis, 2013, Terence Pique ©

N 36.1234 / O 5.4422, Aspectus in extremis, 2013, Terence Pique ©

Tu as employé le mot « situation problématique ». J’ai pu noter que tes photographies interrogent des espaces à la marge, en construction, en transition, pourquoi?

C’est une bonne question, je me la suis beaucoup posée aussi ! D’un côté, j’ai l’impression que j’ai un intérêt fort pour la ruine, dans un sens élargi, comme si c’était là que se jouait quelque chose particulier à notre époque. D’un autre côté faire des images agréables montrant une situation jolie ne m’intéresse pas.

Je pense vraiment que la photographie et l’art en général devraient toujours se confronter à des problèmes. Même si une démarche artistique ne doit pas chercher à résoudre un problème mais à le questionner, le creuser.

Dans ma démarche, j’ai besoin qu’il y ait quelque chose de désagréable, qui dérange.

En tant qu’artiste, on se confronte toujours à des paradoxes. Dans mon cas, je suis attiré par des éléments qui posent problèmes, je cultive même une certaine fascination pour ceux-ci. Mais cet intérêt répond plus à un engagement. Je ne veux pas simplement faire de la photo pour faire de la photo, mais faire de la photo pour interroger.

 

Nourriture, Sous le plastique des mots, 2011 - Terence Pique ©

Nourriture, Sous le plastique des mots, 2011 – Terence Pique ©

Persévérance, Sous le plastique des mots, 2011 - Terence Pique ©

Persévérance, Sous le plastique des mots, 2011 – Terence Pique ©

Sacrifice, Sous le plastique des mots, 2011 - Terence Pique ©

Sacrifice, Sous le plastique des mots, 2011 – Terence Pique ©

Je voulais connaître ton sentiment par rapport au minéral, à la terre et aux matériaux dans tes photographies?  

On voit ce thème dans certains de mes projets, en particulier sur celui où j’ai dessiné des patrons de cube sur le sol, dans un espace pré-urbain, en attente d’urbanisation et plus ou moins abandonné, d’où cet aspect de carrière, très typique de la périphérie de Madrid.

Je viens d’un petit village dans le sud-est de la France, entouré par un réseau d’anciennes mines de bauxite, une pierre rouge et ocre. J’ai donc passé beaucoup de temps dans mon enfance, avec mes frères et mes amis dans les mines de bauxite, c’était notre terrain de jeu.

Ce rapport au minéral se retrouve dans mes photos, comme un retour aux origines. J’ai des projets en cours où j’aimerais expérimenter encore plus ce rapport au sol comme quelque chose d’archéologique en fait, chercher ce qu’il y a en dessous.

D’autre part, J’essaie toujours de défendre un point de vue du sol. Je pense qu’il est nécessaire pour moi d’avoir les pieds au sol, sur la terre ferme pour observer un territoire. Contrairement au photographe Edward Burtynsky, par exemple, qui va toujours chercher un point de vue surélevé et qui a tendance à magnifier les choses.

J’ai besoin d’avoir un point de vue depuis le sol, d’être là physiquement. Le sol a donc une importance dans mes images, il est presque toujours présent et occupe une place majeure sur l’image, comme pour dire « on est là, c’est un ici ». Mes photos ne sont pas dans un ailleurs imaginaire.

 

Pour suivre un cours de photo d’architecture avec Terence c’est par ici.

B, Projeter un cube, 2012, Terence Pique ©

B, Projeter un cube, 2012, Terence Pique ©

C, Projeter un cube, 2012, Terence Pique ©

C, Projeter un cube, 2012, Terence Pique ©

 

Quel lien établis-tu entre ta pratique de recherche, photographique et les cours photo que tu animes avec Grainedephotographe.com 

Au tout début de ma collaboration avec Grainedephotographe.com je voyais les cours photo comme des choses bien distinctes, je ne cherchais pas à mélanger ma pratique photo, mes recherches théoriques et les cours de photo.

Mais récemment, je me suis dit que j’aimerais amener plus aux stages de photographie. On peut aussi s’interroger sur « qu’est-ce que c’est que faire une image ? », « quelle démarche vient derrière ? ». On peut apporter des références, car on se met très souvent à faire de la photo en voyant la photo des autres, et en les imitant. D’ailleurs quoi de mieux au départ que d’imiter les grands maîtres? Ce sont justement des sources d’inspiration et de nouvelles expérimentations.

Les artistes-photographes sont des personnes qui vont expérimenter leur médium à 100%. Pendant les cours, je donne donc parfois quelques références, et j’invite les participants à aller regarder les images de différents photographes que je cite. J’essaie de plus en plus de tout lier.

D, Projeter un cube, 2012, Terence Pique ©

D, Projeter un cube, 2012, Terence Pique ©

E, Projeter un cube, 2012 - Terence Pique ©

E, Projeter un cube, 2012 – Terence Pique ©

Ma dernière question : quels conseils peux-tu donner à un jeune photographe? 

Je lui dirais faire tout simplement (des photos, ndlr). C’est d’ailleurs un conseil que je me donne à moi-même ! Quand vous avez une idée, une envie de faire quelque chose alors commencez à la réaliser, peu importe les moyens. Même si ce n’est pas fait au mieux. Pratiquez et lancez-vous !

Sans titre, Dehors dans la ville, 2010 - Terence Pique ©

Sans titre, Dehors dans la ville, 2010 – Terence Pique ©

Sans titre, Dehors dans la ville, 2010 - Terence Pique ©

Sans titre, Dehors dans la ville, 2010 – Terence Pique ©

Sans titre, Dehors dans la ville, 2010 - Terence Pique ©

Sans titre, Dehors dans la ville, 2010 – Terence Pique ©

Sans titre, Dehors dans la ville, 2010 - Terence Pique ©

Sans titre, Dehors dans la ville, 2010 – Terence Pique ©

 

En savoir plus sur Terence Pique:

Son site web

Son book Graine de Photographe