Le photographe belge Arnolt Smead a vécu à Los Angeles à la fin des années 2000. Bien que fasciné par la grandeur et la diversité des paysages californiens, il fut surpris de constater la transformation du territoire au fil des années. À travers sa série photo rendant hommage à la Californie; il met en lumière les paradoxes qui caractérisent cet état, où règnent vraisemblablement, le succès et la liberté. Transportez-vous au-delà des frontières pour découvrir la beauté et les contradictions de cet état, symbole du rêve américain.

© Arnolt Smead

Le parcours d’Arnolt Smead vers la photographie

Arnolt a commencé à prendre des photos dès son plus jeune âge; d’abord avec l’appareil photo analogique de son père, et ensuite avec les premiers appareils photo numériques mis en vente, à l’époque très pixelisés. Son intérêt pour la photo s’est confirmé lorsqu’il est parti vivre à Los Angeles pour un emploi dans le cinéma à la fin des années 2000. Il s’aventure alors dans les rues de cette ville gorgée de soleil, pour immortaliser son expérience au fil des mois. Il est ensuite parti à Londres, où il a obtenu un poste chez VICE; pour photographier des fêtes underground et des concerts indépendants. Ces deniers temps, il se concentre davantage sur la photographie de rue.

© Arnolt Smead

Le mythe californien confronté à la réalité

Terre de soleil et de promesses, le « Golden State » est la fois un mythe, un mode de vie et le symbole de l’American Way of Life. Associée à Hollywood et au cinéma, l’idée de vivre à Los Angeles donne souvent l’illusion que « tout est possible ». Arnolt ne connaît que trop bien ce mythe, lui qui a vécu quelque temps dans la « Cité des Anges ». Toutefois, il a pu s’apercevoir au fil du temps que derrière cette utopie, se cache une réalité que l’on ne peut nier.

© Arnolt Smead

La Californie est en effet l’état le plus riche et peuplé des États-Unis, mais il est également confronté à d’extrêmes inégalités. Derrière le glamour et le luxe, réside une pauvreté frappante aux pieds mêmes du Hollywood Walk of Fame. Il s’agit donc du lieu où s’entrechoquent des modes de vie extrêmes, partagés entre la gloire et l’indigence. C’est ce genre de paradoxe qu’Arnolt met en avant dans sa série photo, en évoquant le sentiment à la fois doux et amer que lui renvoie la Californie.

La diversité des paysages californiens

La Californie connait une étonnante diversité de paysages. Au sein d’un même état, se trouve des univers en parfaite opposition, au plus grand plaisir de ses habitants et visiteurs. Le littoral et ses plages à couper le souffle, ses déserts fascinants et uniques (à condition d’avoir une voiture climatisée), et ses immenses parcs nationaux sur des dizaines de kilomètres… Les amoureux de la nature ne peuvent qu’être conquis ! Sans parler de ses métropoles mythiques telles que San Francisco, Los Angeles ou encore Las Vegas; aux ambiances radicalement diverses. À travers ses photos de rue et ses paysages californiens; Arnolt nous livre alors sa vision de ce qu’il appelle la « beauté magnétique » de l’état, à la fois naturelle et artificielle.

© Arnolt Smead

Afin de mieux comprendre la vision du photographe sur ses paysages californiens, nous sommes partis à sa rencontre. Découvrez notre interview exclusive avec Arnolt Smead.


Comment vous est venue l’idée de réaliser cette série photo sur la Californie ?

Je suis retourné en Californie de nombreuses fois depuis que j’y ai vécu et je l’ai vue changer de manière significative. À travers les films et la télévision, je pense que chacun s’est construit une fiction idéalisée dans son esprit de ce à quoi elle ressemble. Au départ, c’est ce que je recherchais, mais j’ai ensuite commencé à remarquer ce qu’il y a sous le voile. C’était mon point de départ pour la série : examiner les tropes et les sites emblématiques que l’on associe à la Californie et faire allusion à la réalité, aux failles de cette vision.


En quoi la Californie a-t-elle une valeur particulière pour vous ?

La Californie est l’un de mes endroits préférés et je repense avec tendresse au temps que j’y ai passé, mais aussi brillantes que soient la lumière et les couleurs, il y a une certaine obscurité qui transparaît, une tristesse même. J’aime cette juxtaposition presque mélancolique.


En quoi constatez-vous tant de contradictions dans cet état ?

La Californie est le lieu où s’affrontent les extrêmes du rêve américain; et cela se reflète dans l’environnement naturel et urbain. Vous avez une richesse et une pauvreté incroyables, la gloire et la négligence, la croissance et la décadence, tout cela côte à côte. De vastes zones urbaines développées semblent complètement vides, les panneaux d’affichage font de la publicité aux fantômes; et des forêts luxuriantes d’une beauté rare et protégée alternent avec des vallées asséchées qui ne montrent qu’une trace de la terre fertile qu’elles étaient autrefois.


Quel sentiment voulez-vous nous communiquer à travers cette série de photos ?

Même dans les endroits apparemment les plus heureux, le doux est accompagné de l’amer.


Arnolt Smead : Instagram Site

À LIRE AUSSI : 

  • Avec les basketteurs de rue de Venice Beach
  • Street photography au cœur de la fantaisie californienne avec Eric Davidove
  • Desert Oddities, l’âme du désert capturée par le photographe Vaughn Meadows
  • Raised By Wolves, le récit poignant de Jim Goldberg sur les adolescents sans abris
  • « Rodeo Drive, 1984 » : Portraits d’habitants de Los Angeles par Anthony Hernandez