Courage, volonté, dépassement de soi, prise de risques, vocation… Autant de mots que nous pouvons attribuer à ces femmes et ces hommes qui risquent leur vie aux côtés des soldats et des civils. Ils agissent dans le but de capturer ces moments d’histoire; de participer à sauvegarder la mémoire, de montrer au reste du monde les atrocités qui se produisent non loin. Aussi dures que puissent apparaître les photos prises lors de ces conflits; le photographe de guerre n’a pas vocation de choquer, mais plutôt d’informer, de sensibiliser, et d’immortaliser l’instant. Les photographes de guerre ne travaillent pas seulement pour les journaux. Ils servent l’Histoire, l’enseignement, et la mémoire collective.

Alice Schalek (1874-1956)

alice schalek photographe de guerre

Photojournaliste et écrivaine autrichienne, Alice est connue pour être la première femme reportrice de guerre. Elle a couvert la Première Guerre Mondiale dans le Dolomites. La photographe mène également une carrière d’écrivaine en publiant ses carnets de voyage. Elle reprend cette activité à son retour du champ de bataille et voyage dans de nombreux pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique.

La photographe Alice Schalek – Photographie appartenant aux forces armées autrichiennes

Gerda Taro (1910-1937)

Photojournaliste allemande, Gerda réalise principalement des reportages sur la guerre d’Espagne; où elle trouvera la mort lors de violents combats autour de Madrid. Elle a contribué au lancement de la carrière de son célèbre compagnon, Robert Capa, au détriment de la sienne. Elle fut longtemps sous-estimée, jusqu’à la découverte d’une valise retrouvée à Mexico. Celle-ci contenait environ 4500 négatifs réalisés par la photographe mais également par Capa et David Seymour. Cette découverte permit de reconsidérer le travail de Gerda, dont certains des clichés sont attribués, à tort, à Capa.

Catherine Leroy (1944-2006)

Photographe de guerre française, Catherine part pour le Viêt Nam pour y couvrir la guerre, alors qu’elle n’est âgée que de 21 ans. C’est la première fois que les femmes accèdent aux champs de bataille, l’accès leur étant jusque là refusé. Elle se démarque pour ses photos au plus près du combat, reflétant la vraie vie des soldats. Les médias commencent à la demander. Elle couvre par la suite les guerres en Somalie, Afghanistan, Libye, Iran, Irak et Liban dans les années 1970. Pour son travail, elle deviendra la première femme a remporté le prix George-Polk en 1967. Mais également la première lauréate du prix Robert Capa Gold Medal.

Françoise Demulder (1947-2008)

Photojournaliste française, Françoise débute avec la guerre du Viêt Nam. Elle couvre ensuite différentes crises telles qu’en Angola, au Liban, au Cambodge, au Salvador, en Éthiopie, au Pakistan ou à Cuba. Françoise acquiert une reconnaissance pour son travail grâce à deux photos en particulier. La première est une photo d’un char nord-vietnamien enfonçant la grille d’entrée du palais présidentiel de Saigon. La seconde est une image en noir et blanc, prise à Beyrouth le 18 janvier 1976. Elle représente une palestinienne implorant un milicien armé devant une maison en flammes; lors du massacre du quartier de la Quarantaine. Cette dernière lui vaut d’être la première femme lauréate du World Press Photo en 1977 – prix le plus prestigieux du photojournalisme.

Anja Niedringhaus (1965-2014)

Photojournaliste allemande, Anja commence à travailler en tant que photographe indépendante à 17 ans. Elle couvre notamment la chute du mur de Berlin en 1989; les conflits en ex-Yougoslavie dans les années 90; l’Afghanistan et la chute des Talibans à partir de 2001 mais également l’Irak, la bande de Gaza, le Koweït et la Turquie. Elle reçoit en 2005 le Prix Pulitzer de la photographie d’actualité pour la couverture de guerre en Irak et le prix Courage remis par l’International Women’s Media Foundation la même année. Anja est tuée le 4 avril 2014, alors qu’elle couvre l’élection présidentielle afghane, par un commandant de la police afghane. L’année de sa mort, l’International Women’s Media Foundation crée L’Anja Niedringhaus Courage in Photojournalism Award, qui récompense le courage de femmes photojournalistes.

Carolyn Cole (1961)

Photographe reporter américaine, Carolyn remporte en 2002 et 2003 le prix Robert Capa Gold Medal. Elle reçoit également le prix George-Polk en 2003 ainsi que le prix Pulitzer de la photographie d’article de fond en 2004, pour sa couverture du siège de Monrovia en Libéria. 

Andrea Bruce (1973)

Photojournaliste et photographe documentaire américaine, Andrea axe principalement ses reportages sur les personnes vivant au lendemain de la guerre. Durant 10 ans, elle se concentre sur les conflits faisant rage en Irak et en Afghanistan. Andrea est récompensée pour son travail à plusieurs reprises. Elle est plusieurs fois nommée Photographe de l’année. Elle reçoit en 2010 la bourse de White House News Photographers Association pour son travail en Ingouchie, ainsi que le 2ème prix Daily Life du World Press Photo pour l’image Soldier’s Funeral.

Laurence Geai (1984)

Photographe de guerre et photojournaliste, Laurence réalise son premier reportage en 2013 en Syrie. Elle fait partie depuis 2014 de l’agence Sapa Press. Laurence suit la vie des migrants aux portes de l’Europe et en France, tout en continuant de couvrir divers conflits. Elle reçoit en 2017 le Prix Polka Magazine. En 2020, elle est récompensée par le Grand Prix du festival « Les femmes s’exposent » ; pour son sujet sur le sort de membres supposés de Daesh en prison. En 2021, elle reçoit le 3ème prix de la catégorie General News du World Press Photo pour son reportage sur la pandémie du Covid-19 en France.

Camille Lepage (1988-2014)

Photojournaliste française, Camille se passionne pour le journalisme et pour la photo dès son adolescence. C’est lors de son second stage au cours de ses étude de journaliste; effectué en Egypte; qu’elle découvre l’importance de la crise au Soudan du Sud, peu médiatisée. Elle décide de s’y installer en juillet 2012 afin de couvrir le conflit au Soudan du Sud et au Soudan. Par la suite, elle s’installe en République centrafricaine et couvre la guerre civile qui éclate en 2013. Ses photos sont publiées dans de nombreux médias tels que l’AFP, la BBC, Le Monde ou encore le Wall Street Journal et The Guardian.

La photographe Camille Lepage

portrait de la photographe de guerre Camille Lepage
Antibalakas (groupe d’autodéfense chrétien) et villageois dans la brousse entre Bossangoa et Bossembelé. Ils ont quitté leur village à cause des violences de la Seleka et se cachent et vivent maintenant avec très peu de nourriture, d’eau et d’accès à la santé. Les enfants souffrent de malnutrition et de paludisme. Les Antibalakas ont d’abord pris les armes pour protéger leurs familles des exactions des Seleka (meurtres, viols, vols). Mais certains ont décidé de se venger de la communauté musulmane car la Seleka n’est composée que d’hommes musulmans, ce qui a rendu les tensions entre les 2 communautés très fortes.
© William Daniels

Camille est assassinée le 12 mai 2014, alors qu’elle réalise un reportage dans l’Ouest de la Centrafrique, à 26 ans. Sa vie et sa carrière font le sujet d’un hommage cinématographique « Camille » réalisé par Boris Lojkine. Une association «Camille Lepage – On est ensemble» est créée. Elle décerne chaque année le prix Camille Lepage, visant à encourager le travail d’un photojournaliste; lors du festival international du photojournalisme « Visa pour l’image» à Perpignan. L’engagement de Camille était de témoigner sur les conditions de vie de populations innocentes vivant dans des pays en conflit peu ou pas médiatisés.

Bangui, République centrafricaine, 1er  décembre 2013

photographie de Camille Lepage photographe de guerre
Un jeune garçon imite la marche des soldats, le jour de la Fête nationale. Suite à des rumeurs faisant état d‘une possible tentative de coup d’État, le président de transition Djotodia décide d’annuler les célébrations de la Fête nationale. Bangui, République centrafricaine, 1er  décembre 2013. © Camille Lepage

Kordofan, du Sud, Soudan, 21 novembre 2012

photographie de guerre Camille Lepage
Après le bombardement du village de Kauda, un couple marche dans les cendres de sa maison. L’offensive a détruit quatre habitations, ainsi que toutes les récoltes qui venaient d’être rassemblées. Les familles ne pourront plus assurer leur subsistance jusqu’à la prochaine moisson, en septembre de l’année suivante – Kordofan, du Sud, Soudan, 21 novembre 2012. © Camille Lepage

Fatima Shbair (1997)

la photographe Fatima Shbair

Photojournaliste indépendante palestinienne, Fatima est lauréate du «Prix de la Ville de Perpignan Rémi Ochlik» au festival Visa pour l’image en 2021. Elle remporte également le prix Anja Niedringhaus Courage in Photojournalism Award de l’International Women’s Media Foundation, pour « 11 jours du conflit israélo-palestinien » la même année. Son travail documente la vie du peuple palestinien et son propre quotidien dans la bande de Gaza. Ses images se publient dans de nombreux médias tels que le New York Times, The Guardian, Le Figaro etc. 

GAZA – 12 MAI 2021

photographe de guerre
GAZA CITY, GAZA – 12 MAI : Scènes de la prise pour cible de la tour Al-Jawhara dans le centre de Gaza le 12 mai 2021 à Gaza City, Gaza. Au moins trois douzaines de Palestiniens et cinq Israéliens ont été tués dans l’échange transfrontalier de roquettes et les bombardements aériens, qui ont suivi une série de confrontations violentes entre la police israélienne et des manifestants palestiniens à Jérusalem-Est. (Photo by Fatima Shbair/Getty Images)

GAZA – 25 MAI 2021

photographe de guerre
GAZA CITY, GAZA – 25 MAI : des enfants palestiniens tiennent des bougies lors d’un rassemblement au milieu des ruines des maisons détruites par les frappes israéliennes, à Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, le 25 mai 2021 à Gaza City, Gaza. Les habitants de Gaza sont retournés dans leurs maisons endommagées et détruites alors que le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas semble tenir. Le cessez-le-feu met fin à onze jours de combats qui ont tué plus de 250 Palestiniens, dont beaucoup de femmes et d’enfants, et 13 Israéliens. Le conflit a débuté le 10 mai après une montée des tensions à Jérusalem-Est et des affrontements dans l’enceinte de la mosquée Al Aqsa. © Fatima Shbair

Robert Capa (1913-1954)

Photographe et correspondant de guerre hongrois, Capa couvre les plus grands conflits de son époque tels que la Seconde Guerre Mondiale, la baille de Troina et la Guerre d’Espagne. Il part à Berlin pour faire carrière dans le journalisme en 1931. À l’origine n’étant pas passionné par la photographie, il se lance dans cette voie pour atteindre le journalisme. Il est principalement reconnu pour sa photo « Mort d’un soldat républicain », qui assoit sa célébrité. Il décède le 25 mai 1954 lors d’un reportage en Indochine. Voulant prendre une photo d’un groupe de soldat français; il s’écarte du chemin et met le pied sur une mine antipersonnel. Un prix à son nom est remis chaque année depuis 1955. Le prix Robert Capa Gold Medal récompense le meilleur grand reportage photographique publié ayant requis un courage et une initiative exceptionnels.

Evgueni Khaldaï (1917-1997)

Photographe né en Ukraine, Evgueni est principalement reconnu pour ses photographies de la Seconde Guerre Mondiale et du Procès de Nuremberg. Sa photo la plus connue est celle d’un soldat russe plaçant le drapeau rouge de l’Union soviétique sur le Reichstag à Berlin le 2 mai 1945, devenue symbole de la chute du Troisième Reich.

Marc Garanger (1935-2020)

Photographe et cinéaste français, Marc est connu pour ses portraits en noir et blanc d’hommes et de femmes d’Algérie. Prises entre 1960 et 1962 pour le compte de l’Armée française, ces photos lui valent le prix Niépce en 1966. Il réalise également des reportages dans presque toutes les Républiques de l’ex-URSS.

Don McCullin (1935)

Photographe britannique connu pour ses photographies de guerre, de vie urbaine et de paysages; Don travaille essentiellement en noir et blanc et sur la misère du monde et les conflits armés. Il effectue en 1964 un reportage sur la guerre civile de Chypre; pour lequel il reçoit le grand prix World Press Photo. Par la suite, il couvre la famine au Bihar en Inde, la guerre des Six Jours, la guerre du Viêt Nam et du Cambodge ainsi que divers conflits à Beyrouth et au Congo.

Patrick Chauvel (1949)

Photographe de guerre français, Patrick a couvert 34 guerres durant lesquelles il fut blessé plusieurs fois. Il commence sa carrière à 17 ans. Parmi les conflits qu’il couvre, Israël, l’Irlande, le Viet Nam, le Cambodge, le Liban, les révolutions iraniennes et au Nicaragua, les conflits en Amérique du Sud, au Panama, en Colombie, au Salvador, la Somalie, la Tchétchénie, l’Afghanistan, l’Egypte, et la Libye. Aujourd’hui âgé de 72 ans, il couvre actuellement la guerre russo-ukrainienne. Le photographe réalise son premier ouvrage photographique avec le 69e album de l’ONG Reporters sans Frontières, paru le 3 mars 2022, à l’occasion du 30ème anniversaire de la collection « 100 photos pour la liberté de la presse ». 

ÉRYTHRÉE – 1975

photographe de guerre Patrick Chauvel
Érythrée, 1975. Combattante du Front de libération de l’Érythrée. © Patrick Chauvel

IRAK – 2016

photo de Patrick Chauvel
Irak, 2016. Explosion d’une voiture kamikaze à l’avant d’une colonne de la «Division d’or » qui progresse dans Mossoul face à l’État islamique. Au premier plan, Antoine Chauvel, fils de Patrick. © Patrick Chauvel

Guillaume Herbaut (1970)

Photographe et journaliste français, Guillaume est principalement connu pour son travail sur le site de Tchernobyl, en Ukraine. Il est lauréat de deux World Press Photo en 2009 et 2012 et du prix Niépce en 2011. À travers ses photos, Guillaume interroge les symboles et la mémoire de lieux chargés d’histoire tels que Tchernobyl, Auschwitz, Nagasaki et le conflit en Ukraine afin d’en révéler les drames invisibles.

Aris Messinis (1977)

Photojournaliste grec, Aris est responsable de la couverture photo de l’AFP en Grèce depuis 2006. Il est reconnu pour son reportage photo sur les réfugiés de Lesbos. Mais également pour ceux qu’il réalise en Libye et en Egypte. Aris a été récompensé par de nombreux prix pour ses photos. Il a notamment reçu le Visa d’Or à Perpignan en 2016 pour ses photos sur la crise migratoire en Europe.

Lorenzo Tugnoli (1979)

Photojournaliste italien, Lorenzo est lauréat du prix Pulitzer 2019 en photographie de reportage pour son reportage sur la crise humanitaire au Yémen. Il a reçu le Prix Bayeux-Calvados pour les correspondants de guerre en 2020. Lorenzo a également été récompensé par le World Press Photo en 2019, 2020 et 2021. Il couvre la guerre en Afghanistan depuis 2009 et a vécu dans ce pays de 2010 à 2015.

BEIRUT, LEBANON – 4 AOÛT

BEIRUT, LEBANON – 4 AOÛT : Des pompiers s’efforcent d’éteindre les incendies qui ont ravagé les entrepôts du port de Beyrouth après l’explosion. (Photo by Lorenzo Tugnoli/ Contrasto for The Washington Post)

TAIZ, YEMEN – 26 NOVEMBRE 2018

TAIZ, YEMEN – 26 NOVEMBRE 2018 : Un milicien se tient en position de ligne de front dans la zone appelée al-Zunuj, sur le front nord de Taiz. La ligne de front qui encercle la ville n’a pas bougé de manière significative au cours des deux dernières années. L’aide humanitaire et les fournitures ne peuvent être acheminées dans la ville que par une seule route encore sous le contrôle de la coalition.
(Photo by Lorenzo Tugnoli/ Contrasto for The Washington Post)

ADEN, YEMEN – 19 MAI

ADEN, YEMEN – 19 MAI : Jameela Abdullah se tient à l’entrée de la maison sans toit où sa famille vit depuis deux mois après s’être échappée de son domicile dans le village d’Al-Jarahi en raison des combats en cours. Camp de déplacés dans la zone d’Al-Burei, dans la région d’Aden. Les personnes déplacées qui vivent ici sont originaires de Hodaida et des villages de la côte ouest, au nord de Mokha, où l’offensive actuelle est en cours. Dans le sud du Yémen, le nombre de Yéménites fuyant la guerre en décembre est passé à plus de 140 000 aujourd’hui, et des centaines d’autres abandonnent leur foyer chaque jour. Les camps de réfugiés se sont multipliés dans toute la région, augmentant la pression sur les agences d’aide et les hôpitaux occidentaux tout en aggravant une crise humanitaire déjà considérée comme la plus grave au monde. La plupart d’entre eux fuient les affrontements près de la ville portuaire stratégique de Hodeidah, contrôlée par les rebelles du Nord mais assiégée par les forces yéménites alignées sur la coalition soutenue par les États-Unis, dirigée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. (Photo by Lorenzo Tugnoli/ Contrasto for The Washington Post)

Jérémy Lempin (1983)

Photographe militaire puis photographe documentaire français, Jérémy est lauréat en 2021 d’un Istanbul Photo Award, d’un Pictures of the Year International Award, d’un World Press Photo et du Visa d’or Magazine. Il réalise notamment de mars 2017 à avril 2021 un reportage sur l’état de stress post-traumatique des soldats français, intitulé « Aux Armes et Catera ». Ce sujet sera finaliste au prix du film photographique du festival MAP à Toulouse.

Wakil Kohsar (1985)

Photojournaliste afghan employé par l’AFP depuis plus de 9 ans, Wakil travaille en Afghanistan et couvre les événements du pays depuis la prise de pouvoir des Talibans depuis mi-août 2021. Polka Magazine salue son travail et lui décerne le Prix Polka du photographe de l’année 2021. Il est aujourd’hui l’un des derniers reporters afghans à encore travailler sur place, non sans danger. 

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