Depuis les airs et à travers ses photographies aériennes, le photographe allemand Tom Hegen nous interroge sur l’impact de l’Homme et de ses activités sur son environnement à l’heure de l’anthropocène.
Spécialisé dans la photographie aérienne, Tom Hegen a développé au fil des années une démarche à la fois singulière et fascinante. Après-tout, les photos de paysages édulcorés et épurés fleurissant par millions sur les réseaux-sociaux représentent-elles réellement notre environnement ?
Le photographe allemand à décidé de s’interroger sur la notion même de paysage ou plutôt de « landscape » – en anglais. Etymologiquement, « land » est un mot d’origine germanique désignant en son sens premier la notion de terre. Le suffixe « -scape », ou « -schaffen » en allemand, se réfère quant à lui au verbe « shaping » qui signifie « façonner ».
« Landscape », au sens de « landscaping » (littéralement « aménagement paysager » en français), désigne donc une activité modifiant de manière visible les caractéristiques d’une zone donnée : « En conséquence, j’ai commencé à voir la photographie de paysage comme une manière de documenter non plus une nature vierge et intacte, mais plutôt les endroits modifiés par l’humain. » – Tom Hegen.
C’est donc l’aménagement du territoire par l’Homme et par extension le concept d’Anthropocène qui se retrouve au coeur de The Greenhouse Serie ici présentée.
« L’une des principales problématiques au regard de notre avenir sur Terre concerne notre alimentation : comment allons-nous nourrir une population mondiale en constante croissance alors même que nos ressources vont se raréfier ? […] Ces fermes intérieures sont des prototypes créés en vue de tester comment il est possible d’accroître le rendement agricole tout en cultivant avec des ressources limités et un espace réduit. » – Tom Hegen.
Curieux de voir à quoi pouvait bien ressembler ces serres recouvertes de LED, Tom s’est rendu aux Pays-Bas afin de pouvoir les observer depuis les airs et de nuit ! Des champs de LED, parfois qualifiés « d’aurores boréales de l’agriculture » – notamment en Bretagne où de telles installations ont également vu le jour afin de produire des tomates à longueur d’année -, s’étalent alors sous nos yeux.
Si ce surnom plutôt flatteur rend parfaitement compte de l’esthétique qui se dégage de ces serres une fois la nuit tombée, les clichés de Tom Hegen ne soulignent pas seulement leur étendue. Ils montrent aussi à voir leur nocivité : l’intensité des LED est telle que leur éclairage dépasse allègrement celui des centres-ville. Sans parler de l’énergie nécessaire à leur fonctionnement, la pollution lumineuse engendrée par ces éclairages impacte directement et profondément les écosystèmes.
« La photographie aérienne est un moyen incomparable en vue de documenter l’intervention humaine sur les environnements naturels car elle permet d’en prendre la mesure. Je suis également fasciné par l’abstraction provenant du changement d’échelle ; le fait de voir quelque chose de familier d’un nouveau point de vue totalement inhabituel. J’utilise d’ailleurs cette abstraction, comme un langage afin d’inspirer les gens. Car ils doivent décoder ce qu’ils sont en train de regarder, ce changement d’échelle leur offre un moyen de s’engager plus profondément dans le sujet qu’ils observent. » – Tom Hegen.