N’avez-vous jamais levé vous-mêmes les yeux de votre smartphone pour constater avec effroi (et non sans surprise), que tout le monde a le nez rivé dessus, dans le métro comme ailleurs ?
Le téléphone, aujourd’hui greffé comme un membre à part entière à notre corps, est un petit objet familier aux yeux de tous. Un petit objet aujourd’hui incontournable, que chacun utilise dans son quotidien, et sans modération. Et pour cause, ce petit appareil a désormais perdu de sa fonction première : téléphoner.
De surcroit, le téléphone, ou appelé plus communément de nos jours smartphone, a dépassé de loin sa fonction première. Avec ce dernier, on peut lire, utiliser un GPS, prendre des photos, regarder des recettes de cuisine, et il possède bien d’autres fonctions encore.

Mais cela ne soulève-t-il pas un problème ? Entre prise de conscience et parfois déni, la photographe Charlotte Parenteau-Denoel, a jugé qu’il était grand temps de pointer du doigt l’omniprésence en permanence, de cet objet, dans notre quotidien.

Rencontrez sans plus attendre Charlotte Parenteau-Denoel, une photographe Française, qui a su retranscrire avec brio un phénomène de société qui, à l’heure actuelle, n’échappe à personne…

Omniphone par Charlotte Parenteau-Denoel
Walk man 2.0 © Charlotte Parenteau-Denoel

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Qu’est ce que vous aimez dans la photographie particulièrement ?

Je suis une photographe amatrice, la trentaine, française. Des études en histoire de l’art et en architecture d’intérieure m’ont permis de développer mon goût pour l’art au sens large.

Plus récemment, je me suis faite happer par la photographie. En parallèle de mon emploi, éloigné du domaine de l’art, je réalise ce que j’appelle des « créations artistiques photogéniques« .

Ce que j’aime dans la photographie : J’aime faire des « expériences » photographiques, j’aime casser les codes, interroger. J’aime jouer avec les images. Je m’inspire des courants surréalistes (notamment de Magritte), mais aussi conceptuels (Chema Madoz pour ne citer qu’un artiste). L’idée d’associer les choses, les objets de façon inhabituelle et de créer des jeux de mots, des jeux d’esprit m’amuse beaucoup.

 

Omniphone par Charlotte Parenteau-Denoel
Smartphone au plat © Charlotte Parenteau-Denoel

 

Pourquoi avoir choisi de mettre en scène un iPhone au coeur d’une série photo ? Y-a-t-il un message caché dans ces clichés ?

L’idée n’est pas tant de mettre un iPhone en avant mais, un téléphone portable. La marque m’importe peu. Je me sers de mon propre téléphone et il s’avère que c’est un iPhone. C’est un hasard.

A travers ces clichés, je souhaite mettre en évidence, grâce à la photographie, l’omniprésence du téléphone portable dans notre quotidien. L’idée m’est venue en m’apercevant qu’il était comme greffé à moi. Non pas à mon oreille comme il aurait été logique de l’imager, mais à ma main, telle une continuité de mon anatomie.

En voulant effectuer des tâches simples (faire la cuisine, me servir un verre, etc.), je me suis vite rendu compte qu’il me manquait une main. En effet, cette main était déjà prise par LUI, mon téléphone portable. Son omniprésence m’est alors apparue comme envahissante.

Je le regardais davantage LUI dans « l’écran », que mon conjoint dans les yeux. Sachant que la lutte serait terrible j’ai pris l’initiative de me servir de ce « gourou » et de mettre en scène, à ma façon, sa pseudo utilité d’assistant inutile dans mon quotidien.

 

Omniphone par Charlotte Parenteau-Denoel
Connection sans fin © Charlotte Parenteau-Denoel

 

D’ailleurs pouvez-vous expliquer le sens du nom de la série « Omniphone » ?

D’où le nom de la série « Omniphone », mot qui n’est qu’une contraction des mots « omniprésence » et « téléphone ».

 

Omniphone par Charlotte Parenteau-Denoel
Transparence © Charlotte Parenteau-Denoel

 

Votre série photo « Omniphone » est faites d’illusions très réussies ! Pouvez-vous nous donner des détails sur la façon dont vous avez procédé ?

Je me suis beaucoup amusée à créer des illusions. J’aime tromper le spectateur. En effet, les gens pensent que j’utilise la retouche photo et le photomontage, pourtant ce n’est pas le cas. Je prends une première photo avec le téléphone en question, ensuite je prends une seconde photo avec mon appareil photo (un Pentax K-30).

Il peut m’arriver de devoir « bricoler » afin d’obtenir un résultat visuel intéressant. Par exemple, j’ai dû couper une fourchette pour ma photo « Repas rapide ».

Il y a du travail en amont pour créer l’illusion recherchée et une certaine normalité dans la photo. L’idée est de donner l’impression que c’est naturel. Certaines personnes ne remarquent même pas au premier abord le téléphone.

Charlotte Parenteau-Denoel : SiteInstagramTwitterFacebook

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