Marthe Lazarus est une photographe-plasticienne qui vit et travaille à Aubervilliers. Elle a présenté son travail au Passage de Retz (2006), au festival de Pierrevert (2023), au CentQuatre-Paris pour le festival des Inrocks (2025). Les Rencontres d’Arles ont accueilli ses travaux dans le cadre de la projection des travaux des Masterclass Oeildeep.
Depuis l’enfance, elle photographie : non pas pour documenter le réel, mais pour donner forme aux images mentales, aux émotions, à cette mémoire qui se reconstruit autant qu’elle se souvient.
Son travail gravite autour de l’autoportrait, du corps comme terrain d’expérimentation, et d’une approche en couches, où les archives côtoient la fiction intime, et où l’image n’est jamais figée.
C’est cette logique organique et mouvante qui structure son exposition chez Mémoire Magnétique,du 16 avril au 5 septembre. Elle réunit quatre séries : Haute intensité, Multiple, Cires, Little Big Sister, dans un dialogue entre œuvres récentes et plus anciennes.
Son rapport à la photographie
Avant de trouver sa voix, il faut parfois s’en éloigner. Marthe Lazarus revient sur ces années de mise à distance avec la photographie, et ce qu’elles ont transformé dans sa pratique.
Oui, pendant plusieurs années, je n’ai plus vraiment cherché à montrer mon travail et j’ai aussi moins produit. Avec le recul, je pense que j’étais arrivée à une forme de blocage.
Ces dernières années, participer à des workshops a profondément changé ma manière de travailler. J’essaie désormais d’éviter l’isolement créatif : je montre davantage mon travail, j’échange beaucoup et je confronte plus volontiers mes recherches au regard des autres. Cela m’a permis de clarifier et d’affiner le fil conducteur de ma démarche, autour de la représentation d’états intimes à travers l’autoportrait ou le portrait de proches.
Depuis, je pousse plus loin mes expérimentations plastiques et j’ai compris que je suis avant tout une plasticienne qui utilise la photographie comme médium.
Qu’est-ce qui t’a amenée à faire de toi-même un sujet ?
Au départ, c’était presque une question de commodité : ne pas avoir besoin de chercher des modèles ni d’organiser des séances ! Avec le temps, j’ai compris que ce choix était beaucoup moins anodin.
L’autoportrait est un espace d’expérimentation, une manière de traverser des états émotionnels, des obsessions et des fragments de mémoire à travers mon propre corps et ma propre image.
L’auto-édition
En parallèle de ses expositions, Marthe Lazarus fabrique des livres de photos artistiques à la main depuis son atelier d’Aubervilliers. Une pratique d’autoédition qui prolonge, hors des murs de la galerie, cette même liberté de faire sans attendre.
L’auto-édition m’offre une liberté totale, autant dans la production que dans la diffusion. Je peux fabriquer un livre dès que j’en ressens le besoin, sans attendre une exposition ou une validation extérieure. Je le présente ensuite directement sur mon site, sur Instagram ou dans certaines librairies. J’aime cette autonomie et ce rapport très direct aux objets et aux personnes qui les découvrent.
Multiple questionne l’identité qui se dédouble à travers des autoportraits mis en scènes et multipliés.
Haute intensité raconte l’invasion de l’Ukraine en mettant en perspectives plusieurs conflits dans lequel l’intime et la dimension historique se superposent.
Cires c’est le temps qui s’efface, un soir de réveillon, comme une bougie fond.
Little Big Sister, en hommage pour la soeur de la Photographe.
Dans cette exposition, je confronte des séries très récentes, avec d’autres plus anciennes, dans un jeu autour de la mémoire, des strates mentales et du besoin d’intervenir dans l’image.
J’ai besoin que mes images soient traversées par plusieurs couches, comme notre cerveau l’est en permanence par les souvenirs, les pensées et les images mentales.
Cette exposition carte blanche reflète aussi ma manière très libre de produire : intuitive, mouvante et évolutive.
Y a-t-il une image de cette exposition, ou du processus qui l’a précédée, qui te tient particulièrement à cœur ?
Oui, une image fabriquée l’année dernière autour d’yeux découpés. Elle est née d’un geste totalement intuitif, presque inconscient. J’ai tiré sur papier ordinaire un portrait de moi fait par un ami quand j’étais adolescente. J’ai coupé le papier et les yeux. J’ai mis en scène ces morceaux sur le parquet. Les yeux sont coupés mais ouvrent aussi le regard : ils nous observent autant qu’ils nous obligent à regarder en face. J’aime le mélange entre ce geste très brut, presque instinctif, et la composition plus construite qui en résulte, à la fois graphique, organique et colorée.
Informations pratiques
Du 16 avril au 5 septembre 2026.
Au Studio de Mémoire Magnétique, 21 avenue du Maine, Chemin du Montparnasse, 75015 Paris.
Nuit blanche de 17 h le samedi 6 juin : projection des diaporamas, videos et photo-films de Marthe Lazarus, notamment Haute Intensité et Open Bar (2004) avec Thibault de Montalembert, Cédric Riverain et Laetitia Trapet. + Performance sonore de Emmanuelle Mafille à 18h, liée à sa collection Beau Monstre et présentation de ses dessins sur draps.
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