Corps Raccords : le premier livre photos de Sarah Salazar
SARAH SALAZAR
Cinq ans après notre première rencontre avec sa série Corps Raccords, Sarah Salazar, photographe et réalisatrice parisienne, franchit une nouvelle étape : son premier livre photos de la série éponyme, édité par Noélie Bernard, sort cette année.
Quarante photographies d’un même duo, réalisées sur six ans. Deux corps qui s’apprivoisent, se portent, se compriment, s’imbriquent jusqu’à brouiller leurs propres contours.
CORPS RACCORDS
Ce que Salazar photographie, ce n’est pas tant la relation que ce qu’elle fait aux corps : les ajustements mutuels, les déséquilibres assumés, les traces que le temps et la confiance y laissent. Il y a quelque chose de chorégraphique dans ces images, une danse lente, intérieure, où chaque geste engage l’autre.
Les textes de Kiyémis, autrice, poétesse et afroféministe, lauréate du Prix Régine Deforges 2024, accompagnent les images en deux temps : la tendresse comme moment éphémère d’abord, puis la dimension politique de nos intimités.
Côté objet, le livre est imprimé en risographie 4 couleurs par Charline Gautier au Sample, à Bagnolet, un procédé qui donne aux photographies une texture et une chaleur particulières, qu’on vous laisse découvrir par vous-mêmes.
La présentation du livre se tiendra à la librairie Le Monte en L’air, dans le 20e à Paris, le 10 juin à partir de 19h. On vous conseille d’y aller !
Pour se procurer ou précommander le livre avant l’événement c’est ici.
Votre agenda photo de Juin 2026
Juin 2026 est là, et avec lui une programmation qui donne envie de sortir jusqu’au bout de la nuit. Le mois s’ouvre avec Nuit Blanche le 6 juin à Paris ,25 ans de création contemporaine en accès libre dans toute la ville, sous le signe de l’amour.
Des centaines oeuvres photographiques de Javier Silva Meinel à la Maison de l’Amérique Latine, aux corps entrelacés de Sarah Salazar dans son premier livre Corps Raccords, des Raiponces contemporaines de Silvia Draz à Marseille aux voyages au Kurdistan documentés par huit photographes au Bleu du Ciel à Lyon, juin mêle les formats, les territoires et les sensibilités.
Découvrez notre sélection d’expositions et événements photo près de chez vous en juin 2026.
Les expositions photo
Rapunzel - Silvia Draz
À Marseille, la galerie FACES accueille jusqu’au 5 juillet, Rapunzel, une exposition solo de la photographe lituanienne Silvia Draz, présentée en partenariat avec WePresent.
Inspirée de portraits édouardiens de femmes aux chevelures non coupées, Draz les réinterprète à travers des portraits contemporains ancrés dans l’intime : des Raiponces d’aujourd’hui, photographiées sur pellicule, dans des décors urbains ordinaires qui contrastent avec leur présence presque féerique. Cheveux comme bouclier, mémoire ou héritage culturel, comme dans le conte, une part est vraie, une part tient du mythe.
En écho à l’exposition, l’artiste Gab Bois investit la façade de la galerie avec une installation temporaire prolongeant les motifs visuels de la série dans l’espace public.
Entrée libre.
Lieu : FACES, Marseille 7e.
Umbrales, Une poétique de l'image - Javier Silva Meinel
Jusqu’au 25 juillet 2026, la Maison de l’Amérique latine consacre une exposition rétrospective à Javier Silva Meinel, l’une des figures majeures de la photographie péruvienne et latino-américaine.
Placée sous le commissariat d’Alejandro León Cannock, Umbrales, Une poétique de l’image rassemble près d’une centaine d’œuvres : photographies argentiques, tirages digitaux contrecollés sur aluminium, boîtes lumineuses et wallpapers, pour la première fois présentés en France.
Depuis plus de quarante ans, Silva Meinel parcourt le Pérou, côtes du Pacifique, Andes, forêt amazonienne, à la recherche de ce qui échappe au visible. Masques, rituels, animaux, figures hybrides : ses images ne documentent pas, elles franchissent un seuil. Entre réel et surréel, elles interrogent les conditions mêmes de ce que la photographie peut montrer.
Entrée libre.
Lieu : Maison de l’Amérique latine, Paris 7e.
Les maux bleus - Maryna Brodovska
Jusqu’au 27 juin, la galerie La Pierre Large présente Les maux bleus, une exposition de la photographe ukrainienne Maryna Brodovska.
Son travail ne montre pas la guerre frontalement. Il la contourne, la détourne, la recompose, entre photographie et collage, images et texte, avec une douceur qui n’enlève rien à la lucidité. Elle se met souvent elle-même en scène, souriante, décalée, comme si l’humour était la seule réponse valable à l’innommable. Une façon de continuer à exister quand tout s’effondre dehors.
Le 13 juin à 18h, une lecture en galerie prolonge l’exposition : des extraits du Manuel d’exil de Velibor Čolić, lus par Hélène Schwaller, en écho au travail de Brodovska.
Entrée libre. Du mercredi au samedi de 16h à 19h.
Lieu : Galerie La Pierre Large, Strasbourg.
Eboro - Nuits Balnéaires
À la Fondation Henri Cartier-Bresson, l’artiste ivoirien Nuits Balnéaires présente Eboro jusqu’au 4 octobre, un projet né d’une disparition familiale et soutenu par le programme Latitudes de la Fondation d’entreprise Hermès.
Le 22 juillet 1986, son oncle Noël X. Ebony, journaliste et dramaturge de renom, s’évanouit dans des circonstances énigmatiques à Dakar. Quarante ans plus tard, Nuits Balnéaires remonte cette trace à travers une pratique hybride mêlant photographie, mode et recherche culturelle. Dans la tradition Agni-Bona de Côte d’Ivoire, le neveu accompagne l’oncle dans son passage vers l’au-delà : c’est ce rôle que l’artiste endosse ici, laissant la mémoire et les lieux façonner les chapitres visuels d’une œuvre à la fois intime et universelle.
Commissariat : David Campany, directeur artistique de l’International Center of Photography de New York.
Tarif plein : 10 € / tarif réduit : 5 €.
Lieu : Fondation Henri Cartier-Bresson, Paris 3e.
Diseños habitados - Chema Madoz & Helena Almeida
Jusqu’au 23 août, la galerie Le Château d’Eau présente Diseños habitados, une exposition qui met en dialogue deux figures majeures de la photographie ibérique : la Portugaise Helena Almeida (1934–2018) et l’Espagnol Chema Madoz (né en 1958), en partenariat avec la Fundació Foto Colectania de Barcelone.
Ce qui rend ce projet rare, c’est ce qu’il montre avant l’image : carnets d’esquisses, dessins préparatoires, objets assemblés à la main. Pour ces deux artistes, la photographie n’est pas un point de départ, mais une destination, l’aboutissement d’un processus mental et manuel que l’exposition choisit de rendre visible. Le titre lui-même, emprunté à une série d’Almeida, renvoie à ce double sens hérité de la Renaissance : le dessin comme geste et comme projet.
Commissariat : Pepe Font de Mora, ancien directeur de la Fundació Foto Colectania.
Tarif plein : 5 € / tarif réduit : 3 €.
Lieu : Galerie Le Château d’Eau, Toulouse.
Watching TV - Olivier Culmann
Sur le Pont Saint-Ange, en plein air et en accès libre, le photographe Olivier Culmann installe jusqu’au 24 juillet les images de Watching TV, une série réalisée entre 2004 et 2007 dans huit pays : Maroc, Inde, États-Unis, Mexique, Nigeria, Royaume-Uni, Chine, France.
Le sujet est on ne peut plus banal : des gens qui regardent la télévision. Mais Culmann y voit autre chose. Dans ce moment de relâchement, de conscience à moitié endormie, c’est tout un rapport au monde qui se joue, un monde reçu en images, filtré, fantasmé, avant d’être absorbé sans qu’on s’en rende vraiment compte. Ces téléspectateurs ne se connaissent pas. Pourtant, chacun reçoit des nouvelles des autres. Face à eux, c’est Culmann qui nous observe.
Lieu : Pont Saint-Ange, Paris 10e.
FRAGILE BEAUTÉ - Sir Elton John & David Furnish
Du 12 juin au 27 septembre, le Jeu de Paume présente Fragile Beauté, une sélection de photographies issues de la collection personnelle de Sir Elton John et David Furnish. Plus de 7 000 images constituées sur trente ans, dont une centaine sont ici montrées pour la première fois en France.
L’exposition, adaptée de celle présentée au Victoria and Albert Museum de Londres, traverse cinq sections thématiques : le désir, la mode, les célébrités, le photojournalisme et la condition humaine dans ce qu’elle a de plus vulnérable. Robert Mapplethorpe, Diane Arbus, Irving Penn, Nan Goldin, Ai Weiwei, Eve Arnold, Harley Weir, les noms sont aussi vastes que les univers convoqués, des années 1950 à aujourd’hui. En bonus de la visite : une installation de 149 tirages de Nan Goldin extraits de sa série Thanksgiving, présentée dans son intégralité.
Tarif plein : 12 € / tarif réduit : 7,50 €. Du mardi au dimanche de 11h à 19h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h.
Lieu : Jeu de Paume, Paris 8e.
Voyages au Kurdistan
- Exposition Collective
Huit photographes kurdes, quatre territoires, une même urgence de témoigner. Du 11 juin au 19 septembre, le Bleu du Ciel présente Voyages au Kurdistan, un projet né d’une idée originale de la Maison du Kurdistan de Lyon, avec les travaux d’Ebrahim Alipoor, Murat Yazar, Dogan Boztas, Fatma Celik, Aylin Kizil, Ulas Yunus Tosun, et un hommage au cinéaste Suayip Adlig, exilé en France dans les années 80, disparu en 2024.
Leurs images traversent la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie pour documenter ce qui risque de disparaître ou ce qui a déjà disparu : une identité, des paysages, des rites, des communautés. Identité, mémoire, migrations, nomadisme comme de vie historique, massacres des Yézidis : les regards se croisent et se répondent, sans jamais se confondre.
Ce que l’exposition rappelle, c’est que photographier peut être un acte de résistance autant qu’un acte d’archive.
Vernissage le samedi 11 juin à 18h30. Entrée libre.
Lieu : Le Bleu du Ciel, Lyon 1er.
36 Y’a d’la joie ! - Pierre Jamet
Pour les 90 ans du Front populaire, la librairie-galerie Les Amies Rouges rend hommage à Pierre Jamet avec 36 Y’a d’la joie !, visible jusqu’au 4 juillet.
Des garçons et des filles en maillot, des corps qui bougent, des sourires en plein soleil : Jamet a photographié les premiers congés payés avec une légèreté et une sensualité qui n’ont pas pris une ride. Ses tirages argentiques noir et blanc célèbrent un conquis social autant qu’un moment de grâce collective, cette insouciance neuve de gens qui découvrent, pour la première fois, le droit de ne rien faire.
Les tirages sont disponibles à la vente. Entrée libre.
Lieu : Les Amies Rouges, Paris 5e.
Le plaisir d’objets solides et de bribes d’informations inutiles -Laura Letinsky
Jusqu’au 4 juillet, la Galerie Miranda présente Le plaisir d’objets solides et de bribes d’informations inutiles, une exposition de natures mortes de la photographe canadienne Laura Letinsky, accompagnée de créations en porcelaine de la maison parisienne Tsé & Tsé associées.
Depuis trente ans, Letinsky travaille sur les restes, fruits entamés, verres à moitié vides, objets du quotidien légèrement défaits. Mais ce qui rend son travail singulier, c’est la façon dont elle mêle les techniques : iPhone et ferrotype, tirage numérique et procédés du XIXe siècle, aluminium et papier. Le passé et le présent se court-circuitent dans la même image, créant un sentiment d’étrangeté familière difficile à nommer.
L’exposition dialogue naturellement avec les pièces de Tsé & Tsé, dont l’attention aux objets du quotidien, avec humour et élégance artisanale, fait écho à l’univers de Letinsky.
Entrée libre.
Lieu : Galerie Miranda, Paris 3e.
Entre les lignes - Jérôme Trichet
Du 4 au 7 juin, la Very Art Gallery accueille Entre les lignes, une exposition de photographies en noir et blanc de Jérôme Trichet.
Trichet travaille la distance et le flou comme des outils de sens autant que d’esthétique. Ses images ne cherchent pas à tout montrer, elles suggèrent, laissent des zones d’ombre, font confiance au regard du spectateur pour combler ce qui manque.
L’exposition est accompagnée d’une expérience multi-sensorielle mêlant photographie et musique, un solfège photographique, selon ses propres mots.
Entrée libre.
Lieu : Very Art Gallery,Paris 3e.
Événements photo
06/06
NUIT BLANCHE à Paris
Le 6 juin, Paris fête les 25 ans de Nuit Blanche. Une nuit entière, gratuite, où installations, performances et créations sonores investissent monuments, gymnases, piscines, jardins et façades, de l’Hôtel de Ville au Bassin de la Villette.
Cette édition est placée sous la direction artistique de Barbara Butch, qui en a choisi le thème : l’amour.
« J’ai choisi de placer cette édition sous le signe de l’amour. Un amour multiple, indiscipliné, parfois fragile, souvent puissant. Un amour qui circule, qui déborde, qui relie.
Aimer la ville, aimer les autres, aimer ce que l’on ne comprend pas encore, aimer ce qui nous échappe. Le temps d’une nuit, Paris se transforme en espace de possibles, où les distances se réduisent et où les regards se rencontrent autrement. »
Découvrez des expos photos en accès libre toute la nuit ! Voici notre petite sélection :
- Dans le 3eme : Deux expositions entre obsession photographique et voyage onirique : Daido Moriyama – Lettres d’amour à la photographie / Nuits Balnéaires – Eboro. À venir découvrir de 19h à 00h à la fondation Henri Cartier-Bresson.
- Dans le 10eme : À découvrir en se baladant le long du canal St-Martin, Hip-Hop don’t Stop de Maï Lucas sur les grilles du jardin Villemin-Mahsa Jîna Amini (côté quai de Valmy).
- Dans le 8eme : À L’institut Polonais de Paris, rencontre et discussion avec l’artiste Agata Gryzbowska sur le photoreportage à 21h + Visite guidée de l’exposition de Chris Niedenthal à 22h. Visites libres entre 21h et 23h.
- Dans le 18eme : l’ensemble des espaces du BAL est ouvert au public et gratuit, jusqu’a 23h librairie, espace d’exposition, café/restaurant. Venez découvrir la nouvelle édition de La Fabrique du Regard- Le Festival (du 2 au 7 juin) pendant une soirée spéciale dédiée au spectacle vivant avec plusieurs performances envisagées autour de l’axe de la transmission.
Vélib’ gratuit toute la nuit avec le code MGP2026.
Programme complet sur nuitblanche.paris.
10/06
Sortie du livre photos Corps Raccords de Sarah Salazar
Corps Raccords est le premier livre de la photographe et réalisatrice Sarah Salazar, édité par Noélie Bernard, avec des textes de l’autrice et poétesse afroféministe Kiyémis. Quarante photographies d’un même duo, réalisées sur six ans, qui suivent ce que le temps et la relation inscrivent dans les corps.
On lui consacre un article complet ici !
Lieu : Librairie Le Monte en L’air, le 10 juin à partir de 19h.
du 28/04 au 07/06
Candidatez à la prochaine édition du Festival Circulation(s)
Le festival Circulation(s) lance son appel à candidatures pour l’édition 2027, jusqu’au 7 juin 2026 à minuit.
Depuis seize ans, le festival défend la jeune photographie européenne avec une programmation portée par le collectif Fetart, composé de sept femmes spécialistes de la scène émergente.
Pas de thème imposé, pas de limite d’âge : l’appel s’adresse à tous les photographes européens ou résidant en Europe, en début de carrière, n’ayant jamais fait l’objet d’une exposition d’envergure en France. Les projets mêlant photographie, vidéo, installation ou son sont les bienvenus. Les projets collectifs aussi.
Candidature : 20€
Candidatures sur festival-circulations.com. Contact : info@fetart.org
Ce que vous pouvez encore voir de nos agendas précédents
- Les corps élastiques de Lucie Pastureau – Institut pour la photographie – Théâtre du Nord, Lille
- This Will Not End Well de Nan Goldin – Grand Palais, Paris 8
- Fragilités et Résiliences de Thibault Gerbaldi – Jardin du Luxembourg, Paris 6
- Instants Polaroid d’Alain Guillemaud – Les Archives municipales de Lyon.
- Rétrospective de Lee Miller – Le Musée d’Art Moderne, Paris 16.
- Les Grands Âges de Nikos Aliagas – Le Musée de l’Homme, Paris 16.
- Robert Capa – Photographe de Guerre, Musée de la Libération de Paris Paris 14e.
- Marthe Lazarus, Studio de Mémoire Magnétique,Paris 15
- In Plain View, Martin Parr – Magnum Gallery Paris 11e.(jusqu’au 6 juin)
- Essentia, Exposition collective – Galerie Parallax, à Aix-en-Provence (jusqu’au 20 juin)
- Nu au Paradis, Michael von Graffenried – Espace MVG Paris 15e.
- Dessins et autres destins, Jacqueline Salmon – Fondation Renaud, Lyon 9e (jusqu’au 7 juin)
- Spring Kick-Off !, les street photography du collectif LOOP – Galerie Graine de Photographe, Paris 4 (jusqu’au 22 juin)
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Les multiples autoportraits de Marthe Lazarus
Marthe Lazarus est une photographe-plasticienne qui vit et travaille à Aubervilliers. Elle a présenté son travail au Passage de Retz (2006), au festival de Pierrevert (2023), au CentQuatre-Paris pour le festival des Inrocks (2025). Les Rencontres d’Arles ont accueilli ses travaux dans le cadre de la projection des travaux des Masterclass Oeildeep.
Depuis l’enfance, elle photographie : non pas pour documenter le réel, mais pour donner forme aux images mentales, aux émotions, à cette mémoire qui se reconstruit autant qu’elle se souvient.
Son travail gravite autour de l’autoportrait, du corps comme terrain d’expérimentation, et d’une approche en couches, où les archives côtoient la fiction intime, et où l’image n’est jamais figée.
C’est cette logique organique et mouvante qui structure son exposition chez Mémoire Magnétique,du 16 avril au 5 septembre. Elle réunit quatre séries : Haute intensité, Multiple, Cires, Little Big Sister, dans un dialogue entre œuvres récentes et plus anciennes.
Son rapport à la photographie
Avant de trouver sa voix, il faut parfois s’en éloigner. Marthe Lazarus revient sur ces années de mise à distance avec la photographie, et ce qu’elles ont transformé dans sa pratique.
Oui, pendant plusieurs années, je n’ai plus vraiment cherché à montrer mon travail et j’ai aussi moins produit. Avec le recul, je pense que j’étais arrivée à une forme de blocage.
Ces dernières années, participer à des workshops a profondément changé ma manière de travailler. J’essaie désormais d’éviter l’isolement créatif : je montre davantage mon travail, j’échange beaucoup et je confronte plus volontiers mes recherches au regard des autres. Cela m’a permis de clarifier et d’affiner le fil conducteur de ma démarche, autour de la représentation d’états intimes à travers l’autoportrait ou le portrait de proches.
Depuis, je pousse plus loin mes expérimentations plastiques et j’ai compris que je suis avant tout une plasticienne qui utilise la photographie comme médium.
Qu’est-ce qui t’a amenée à faire de toi-même un sujet ?
Au départ, c’était presque une question de commodité : ne pas avoir besoin de chercher des modèles ni d’organiser des séances ! Avec le temps, j’ai compris que ce choix était beaucoup moins anodin.
L’autoportrait est un espace d’expérimentation, une manière de traverser des états émotionnels, des obsessions et des fragments de mémoire à travers mon propre corps et ma propre image.
L’auto-édition
En parallèle de ses expositions, Marthe Lazarus fabrique des livres de photos artistiques à la main depuis son atelier d’Aubervilliers. Une pratique d’autoédition qui prolonge, hors des murs de la galerie, cette même liberté de faire sans attendre.
L’auto-édition m’offre une liberté totale, autant dans la production que dans la diffusion. Je peux fabriquer un livre dès que j’en ressens le besoin, sans attendre une exposition ou une validation extérieure. Je le présente ensuite directement sur mon site, sur Instagram ou dans certaines librairies. J’aime cette autonomie et ce rapport très direct aux objets et aux personnes qui les découvrent.
Multiple questionne l’identité qui se dédouble à travers des autoportraits mis en scènes et multipliés.
Haute intensité raconte l’invasion de l’Ukraine en mettant en perspectives plusieurs conflits dans lequel l’intime et la dimension historique se superposent.
Cires c’est le temps qui s’efface, un soir de réveillon, comme une bougie fond.
Little Big Sister, en hommage pour la soeur de la Photographe.
Dans cette exposition, je confronte des séries très récentes, avec d’autres plus anciennes, dans un jeu autour de la mémoire, des strates mentales et du besoin d’intervenir dans l’image.
J’ai besoin que mes images soient traversées par plusieurs couches, comme notre cerveau l’est en permanence par les souvenirs, les pensées et les images mentales.
Cette exposition carte blanche reflète aussi ma manière très libre de produire : intuitive, mouvante et évolutive.
Y a-t-il une image de cette exposition, ou du processus qui l’a précédée, qui te tient particulièrement à cœur ?
Oui, une image fabriquée l’année dernière autour d’yeux découpés. Elle est née d’un geste totalement intuitif, presque inconscient. J’ai tiré sur papier ordinaire un portrait de moi fait par un ami quand j’étais adolescente. J’ai coupé le papier et les yeux. J’ai mis en scène ces morceaux sur le parquet. Les yeux sont coupés mais ouvrent aussi le regard : ils nous observent autant qu’ils nous obligent à regarder en face. J’aime le mélange entre ce geste très brut, presque instinctif, et la composition plus construite qui en résulte, à la fois graphique, organique et colorée.
Informations pratiques
Du 16 avril au 5 septembre 2026.
Au Studio de Mémoire Magnétique, 21 avenue du Maine, Chemin du Montparnasse, 75015 Paris.
Nuit blanche de 17 h le samedi 6 juin : projection des diaporamas, videos et photo-films de Marthe Lazarus, notamment Haute Intensité et Open Bar (2004) avec Thibault de Montalembert, Cédric Riverain et Laetitia Trapet. Marthe lazarus a aussi invité en guest la photographe et dessinatrice Emmanuelle Mafille qui présentera ses dessins sur draps et sa revue Beau Monstre + la performance sonore Cui-cui-Grrr
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L'âme du Vietnam capturée par Christophe Serour
Qu’est-ce qui pousse un photographe à traverser le monde pour poser son objectif au Vietnam ? Pour Christophe Serour, la réponse est simple : l’urgence de voir.
Marseillais de naissance, installé à Cassis depuis quarante ans, il apprend la photographie comme on apprend à nager : en plongeant. La culture surf lui donne le goût du large, une façon d’aller chercher ce qui se passe ailleurs, loin des sentiers balisés. Depuis ses premiers voyages au Brésil dans les années 90 jusqu’à ses traversées aux États-Unis et aux Philippines, il accumule les kilomètres et les regards.
Cet article est consacré à son voyage photo au Vietnam. Un pays aux mille visages, entre tradition tenace et modernité qui s’impose, un terrain idéal pour un photographe dont l’œil cherche toujours à témoigner plutôt qu’à simplement montrer.
Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce tour du monde et de photographier le Vietnam ?
Mon désir d’ailleurs n’est pas né d’hier. Il s’est forgé dans l’enfance, nourri par les expéditions d’Ushuaïa et les films d’aventure comme La montagne du dieu cannibale. Si mon parcours académique m’a mené de la philosophie au design graphique, mon véritable apprentissage s’est fait sur le terrain.
En 1994, le Brésil a été mon premier grand choc : une traversée de l’Amazonie entre surf et rituels mystiques qui m’a révélé la puissance narrative de la photographie. Quelques années plus tard, j’ai quitté le confort de ma carrière pour une odyssée d’un an à travers 13 pays. Ce fut un voyage de transformation, marqué notamment par l’engagement humanitaire au Sri Lanka avec la création de l’association Ayubowan.
Le coup de foudre pour le Vietnam
Le Vietnam a été une révélation. J’ai été envoûté par l’esthétique de ses rizières embrumées et la résilience lumineuse de son peuple. Ce pays est devenu pour moi un terrain de jeu infini où je cherche à capturer l’équilibre entre la douceur d’un instant et la force d’une culture millénaire. Aujourd’hui, mon travail est une obsession constructive : témoigner de la fragilité de notre monde pour mieux apprendre à le protéger.
Après avoir photographié dans tant de pays différents, le Vietnam a-t-il changé quelque chose dans votre façon de voir ou de photographier ?
Le Vietnam a radicalement redéfini ma pratique. Là-bas, j’ai compris que la photographie n’est pas une saisie, mais une attente. Cette lumière si particulière m’a imposé un rythme plus lent, presque méditatif.
Ce que ce voyage a changé en moi :
- La quête de la nuance : Je privilégie désormais l’émotion contenue et les clairs-obscurs subtils aux contrastes violents.
- La sensibilité humaine : La résilience des habitants m’a poussé à explorer la fragilité des êtres avec plus de respect et de pudeur.
- La symbiose : Mon travail se concentre aujourd’hui sur ce lien invisible, mais puissant, qui unit les communautés à leur environnement naturel.
Le Vietnam m’a offert ce luxe rare : la sensation d’être en paix, parfaitement aligné avec mon sujet derrière l’objectif.
Quel matériel emportez-vous en voyage ?
Si mes débuts rimaient avec minimalisme (un Nikon et une focale fixe), mon approche numérique actuelle privilégie la préparation. Mon sac affiche désormais 10 kg au compteur, un poids nécessaire pour couvrir tous les besoins de terrain pour les voyages photo :
- Boîtier : Sony A7IV.
- Optique principale : Sigma 24-70 mm f/2.8 (mon outil de prédilection pour 95 % de mes clichés).
- Vue aérienne : Drone Mavic 3 et filtres dédiés.
- Longue focale : Sigma 150-600 mm Sport.
La discrétion par la distance
Le téléobjectif n’est pas qu’un choix esthétique, c’est une nécessité stratégique. Entre les réactions hostiles à Madagascar, les croyances liées au « vol de l’âme » au Nouveau-Mexique ou le mercantilisme systématique en Inde, la distance permet de rester observateur sans devenir intrusif. Parfois, face à la complexité du terrain, on se dit avec humour qu’un beau livre photo acheté en librairie est bien moins risqué !
Y a-t-il une image de cette série qui vous tient particulièrement à coeur ?
Si mon cœur balance entre plusieurs clichés, trois d’entre eux cristallisent pour moi l’essence même du Vietnam.
D’abord, ce contraste saisissant : une femme portant son palanche traditionnel devant un mur ocre saturé par une fresque de propagande. C’est la rencontre brutale entre la persistance du geste ancestral et le poids de l’histoire politique.
Ensuite, il y a cette centenaire Hmong rencontrée sur les hauteurs de Sapa. Ses rides sont autant de sillons tracés par les guerres et les épreuves, mais son regard reste d’une clarté désarmante. Elle incarne cette élégance résiliente qui me bouleverse tant.
Enfin, je retiens les champs d’encens de Quang Phu Cau. Ces courbes dorées qui sèchent au soleil ne sont pas seulement esthétiques ; elles sont le parfum même de la spiritualité vietnamienne. C’est une image de patience et de rituel, à la fois immobile et vibrante.
Ces photos sont mes piliers : elles me rappellent que mon rôle est de capturer la dignité de l’homme face au temps qui s’enfuit.
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Droit à l'image en street photography, ce que tout photographe doit savoir en 2026.
Cet article fait partie de notre guide complet sur la photographie de rue.
Balades dans les rues de Paris, marché animé de Marseille, festival de rue à Lyon… L’appareil photo en bandoulière, vous avez le réflexe parfait, l’œil affûté, et soudain, certaines questions s’installent : « Ai-je le droit de photographier cette personne ? Puis-je publier cette photo ? » Si vous vous êtes déjà posé ces questions (et si vous ne vous les êtes jamais posée, c’est le moment), cet article est fait pour vous. On va démêler ensemble le droit à l’image en France, dans le contexte spécifique de la street photography.
Sommaire
- Petit point droit à l’image
- Photographier dans la rue : libre… mais jusqu’à un certain point
- Les exceptions : quand vous pouvez publier sans autorisation
- Droit à l’image vs droit d’auteur :
- Le consentement pour la photographie de rue :
- Les mineurs : une protection renforcée
- Photographier des bâtiments et œuvres d’art : un autre sujet épineux
- Les sanctions : ce que vous risquez concrètement
- BONUS : L’affaire Doisneau, quand une photo iconique finit au tribunal
- Droit à l’image en street photography : Ce qu’il faut retenir
Petit point droit à l'image
Première surprise : le droit à l’image ne repose sur aucune loi unique et explicite. Il s’est construit progressivement, à partir de deux textes fondamentaux et de décennies de jurisprudences.
- L’article 9 du Code civil pose le principe de base :
« Toute personne quelle que soit sa notoriété a droit au respect de sa vie privée et est fondée à en obtenir la protection en fixant elle-même ce qui peut être divulgué. »
En clair : chacun est maître de son image, célébrité ou anonyme.
- L’article 8-1 de la Convention européenne des droits de l’Homme (CEDH) renforce cette protection au niveau européen :
« Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. »
Le droit à l’image découle directement de ce principe de vie privée. La règle générale est donc l’interdiction de capter, reproduire et diffuser l’image d’une personne sans son autorisation. Selon la jurisprudence constante des tribunaux français, « toute personne a, sur son image et sur l’utilisation qui en est faite, un droit exclusif », c’est un droit de la personnalité, au même titre que le droit au respect de la vie privée.
Ça fait un peu peur, dit comme ça. Mais bonne nouvelle pour les photographes de rue : ces textes visent en priorité les atteintes commises dans les lieux privés. Dans la rue, les règles sont différentes, mais pas inexistantes.
Photographier dans la rue : libre… mais jusqu'à un certain point
Premier réflexe à intégrer : photographier dans la rue est légal. Personne ne peut vous interdire de déclencher dans l’espace public pour un usage personnel. C’est l’utilisation que vous ferez ensuite de vos images qui peut poser problème.
La distinction fondamentale à retenir, c’est celle entre la prise de vue et la diffusion. Ce ne sont pas les mêmes actes, et ils n’obéissent pas aux mêmes règles.
Concrètement : votre disque dur peut contenir des milliers de portraits de rue sans que quiconque ait à signer quoi que ce soit. C’est le moment où vous publiez cette photo sur votre blog, Instagram, ou dans un livre que les choses se compliquent.
La diffusion d’une image représentant une personne identifiable est en principe soumise à son autorisation. Mais pas dans tous les cas. Trois conditions doivent être réunies pour qu’une plainte soit recevable, selon la jurisprudence :
- La personne doit être reconnaissable sur la photo : identifiable par un tiers, pas seulement par ses proches.
Exemple : Un visage net en gros plan : oui. Une silhouette de dos dans la pénombre : généralement non.
- La personne doit être individualisée elle est le sujet central de l’image, et non l’un des cent passants d’une scène de foule.
- L’image doit être susceptible de lui causer un préjudice : moral, professionnel, ou à sa réputation.
Le site service-public.gouv.fr le confirme clairement :
« Le droit à l’image permet à toute personne de s’opposer à la diffusion d’une image sur laquelle elle est reconnaissable, même si elle a été prise dans un lieu public. »
Et ce, sur tous les supports : site web, blog, réseaux sociaux…
Les exceptions : quand vous pouvez publier sans autorisation
La loi prévoit heureusement des cas où votre liberté de création peut l’emporter sur le droit à l’image de la personne photographiée.
- Les scènes de foule et d’ensemble sont généralement libres dès lors qu’aucun individu n’y est mis en valeur ou isolé. Il est permis de fixer l’image d’un groupe de personnes dans un lieu public sans demander l’autorisation de chacun, à condition que l’attention ne se concentre pas sur l’une ou l’autre d’entre elles.
- L’actualité et l’information permettent de diffuser des photos sans autorisation lorsqu’elles illustrent un événement d’intérêt public — manifestation, rassemblement, incident notable. La liberté de la presse prime ici, sous deux conditions cumulatives : il doit s’agir d’une actualité immédiate, et il ne doit y avoir aucune atteinte à l’intimité de la vie privée (source : service-public.gouv.fr)
- Les personnalités publiques dans l’exercice de leurs fonctions peuvent être photographiées et publiées sans autorisation : un élu en meeting, un artiste sur scène, un sportif en compétition. Attention cependant : une fois sortis de leur rôle public (en famille, en vacances, dans leur vie privée) ces mêmes personnes retrouvent exactement les mêmes droits que n’importe quel citoyen.
- Les sujets en arrière-plan accessoire bénéficient d’une tolérance bien établie en jurisprudence. Si un passant apparaît discrètement dans le cadre d’une photo dont il n’est pas le sujet, le risque juridique est très faible.
Droit à l'image vs droit d'auteur :
C’est là que ça devient un peu plus perturbant. En tant que photographe, vous avez aussi vos droits.
Le droit d’auteur, défini par le Code de la Propriété Intellectuelle (CPI), protège toute œuvre de l’esprit, dont la photographie :
« L’auteur d’une œuvre de l’esprit jouit sur cette œuvre, du seul fait de sa création, d’un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous. »
Votre photo de rue est une œuvre. Vous en êtes l’auteur. Ce droit existe dès le déclenchement, sans aucune démarche administrative.
Mais ce droit d’auteur n’est pas absolu. En cas de litige, c’est le juge qui tranche, au cas par cas, en mettant en balance la portée artistique ou documentaire de l’image, son contexte de diffusion, et le préjudice éventuel subi par la personne photographiée.
Quelques repères pratiques :
- Votre photo est présentée dans un contexte artistique, documentaire ou historique clairement revendiqué → votre droit d’auteur a de bonnes chances de primer.
- La personne est reconnaissable, exposée dans une situation embarrassante, ou son image sert à des fins commerciales → son droit à l’image l’emportera probablement.
- La personne apparaît floue, de dos, ou méconnaissable → vous êtes dans la zone de confort.
Un point crucial que beaucoup ignorent : c’est à vous de prouver le consentement en cas de litige, pas à la personne de prouver son refus.
Le consentement pour la photographie de rue
Si vous souhaitez publier le portrait identifiable d’un inconnu, son consentement est nécessaire. Il peut prendre différentes formes.
- L’autorisation écrite reste la plus solide juridiquement. Elle doit mentionner l’identité des parties, la nature et le contexte des prises de vue, les supports de diffusion envisagés, et la durée d’exploitation. Le Ministère de l’Économie met à disposition un modèle officiel d’autorisation d’exploitation de l’image d’une personne, téléchargeable gratuitement sur le site du gouvernement.
- Le consentement oral peut suffire selon les circonstances, mais en cas de contestation, vous n’aurez aucun moyen de le prouver. Utile pour les échanges spontanés dans la rue, à condition de ne pas viser une diffusion commerciale.
- Le consentement tacite ou implicite est reconnu par le Code pénal dans certains cas : si la personne a vu qu’elle était photographiée, était en mesure de s’y opposer, et ne l’a pas fait, son accord peut être présumé (art. 226-1 du Code pénal).C’est un terrain glissant, à manier avec précaution.
Pour une solution pratique sur le terrain, des outils numériques existent : formulaires Google Forms signés sur smartphone, ou solutions comme DocuSign et Adobe Sign. Ces signatures électroniques sont juridiquement valables en France grâce au règlement européen eIDAS et à l’article 1366 du Code civil.
Les mineurs : une protection renforcée
La protection des enfants est particulièrement stricte, et elle a récemment évolué. Une loi de 2023 est venue encadrer la publication des images de mineurs sur les réseaux sociaux, y compris par les parents eux-mêmes.
En pratique, pour tout usage public d’une photo où un mineur est identifiable, l‘autorisation des deux parents ou représentants légaux est impérative, quelle que soit la nature artistique du projet. Pas de zone grise ici, pas d’exception créative : c’est non négociable.
Photographier des bâtiments et œuvres d'art : un autre sujet épineux
La street photography ne se résume pas aux portraits. Que se passe-t-il quand vous cadrez un bâtiment, une sculpture, une fresque ?
La règle générale est favorable : depuis la loi relative à la liberté de création, à l’architecture et au patrimoine de 2016, une personne physique peut publier librement des photos d’œuvres architecturales ou de sculptures situées sur la voie publique, à condition que ce soit sans but commercial (source : legifrance.gouv.fr, loi n°2016-925) ou que ces dernière faces parties du domaine public.
Par exemple, de nombreux lieux et monuments présents à Paris tels que les bâtiments (l’intérieur et l’extérieur), des sculptures, des fontaines peuvent être l’objet de droits patrimoniaux d’auteur.
« Les droits patrimoniaux d’auteur (droit de reproduire ou représenter l’œuvre sur une photo ou dans un film par exemple) s’étendent jusqu’à 70 ans après la mort de l’auteur. Une fois passé ce délai, l’œuvre tombe dans le domaine public et peut alors être reproduite sans l’autorisation de l’auteur et donc sans s’exposer à une action en contrefaçon. »
Sont ainsi entrées dans le domaine public les œuvres architecturales suivantes : l’Arc de Triomphe, le Dôme des Invalides, l’Hôtel de Ville, l’Obélisque de la Concorde ou encore l’Opéra Garnier. La Tour Eiffel est entrée dans le domaine public mais ce n’est pas le cas de son éclairage de nuit qui est encore protégé par le droit d’auteur.
Les sanctions : ce que vous risquez concrètement
Il faut le savoir, quand vous publier une photo qui n’est pas dans les règles, il y a certaines conséquences possibles.
- Sur le plan civil, la personne photographiée peut vous poursuivre pour atteinte à la vie privé ou atteinte à l’image. elle peut obtenir le retrait de la photo, des dommages et intérêts (beaucoup d’argent) et une interdiction de diffusion future (source : service-public.gouv.fr)
- Sur le plan pénal, dans les cas les plus graves (diffusion nuisible, harcélement, images de mineurs,…), les sanctions peuvent aller jusqu’à l’emprisonnement et 60 000€ d’amende (art. 226_1 et suivants du Code pénal)
BONUS : L'affaire Doisneau, quand une photo iconique finit au tribunal
C’est peut-être l’histoire la plus célèbre du droit à l’image en photographie
En 1950, Robert Doisneau immortalise un couple s’embrassant devant l‘Hôtel de Ville de Paris. La photo tombe dans l’oubli et devient célèbre 30 ans plus tard. Puis, en 1992, un couple, les époux Lavergne, fait irruption dans l’actualité judiciaire en affirmant être les amants du cliché. Leur demande : 500 000 francs pour violation de leur vie privée.
Dans le même temps, une autre voix s’élève. Françoise Bornet, qui avait posé avec son compagnon de l’époque à la demande du photographe, produit une preuve irréfutable : un tirage original, numéroté et estampillé, que Doisneau lui avait offert juste après la séance. Elle réclame pour sa part 100 000 francs et un pourcentage sur les bénéfices commerciaux. Son compagnon d’alors, Jacques Carteaud, refuse quant à lui de se joindre à la procédure. Il ne veut pas, selon ses propres mots, « transformer cette histoire photographique en histoire de fric ».
Le 2 juin 1993, le tribunal de grande instance de Paris tranche : la demande des époux Lavergne est refusé, faute d’avoir pu prouver qu’il s’agissait bien d’eux. Quant à Françoise Bornet, bien que Doisneau la reconnaisse lui-même comme protagoniste, le tribunal estime qu’elle n’est pas reconnaissable sur le cliché, et donc qu’elle ne peut pas se prévaloir d’un droit à l’image.
La leçon ? Même l’une des photos les plus reproduites au monde n’échappe pas aux questions de droit à l’image. Et que ce soit des décennies après la prise de vue, la reconnaissance, ou son absence, reste le critère décisif.
Droit à l’image en street photography : Ce qu’il faut retenir
Le droit à l’image ne repose sur aucune loi unique, mais s’appuie sur l’article 9 du Code civil et des décennies de jurisprudence. Le principe de base : capter, reproduire ou diffuser l’image d’une personne sans son accord est interdit. Rassurez-vous, ces textes ciblent avant tout les atteintes commises dans les lieux privés.
Prise de vue ≠ diffusion Photographier dans la rue est légal, personne ne peut vous l’interdire pour un usage personnel. C’est l’utilisation de vos images qui peut poser problème. Pour qu’une plainte soit recevable, trois conditions doivent être réunies : la personne est reconnaissable, elle est le sujet central de l’image, et la photo lui cause un préjudice.
Quand publier sans autorisation est possible Scènes de foule sans individu isolé, couverture d’actualité immédiate, personnalités publiques dans l’exercice de leurs fonctions, sujets présents en arrière-plan de façon accessoire, dans ces cas, la liberté de création peut l’emporter.
Le consentement : trois formes possibles L’autorisation écrite reste la plus solide juridiquement. L’oral suffit parfois, mais devient impossible à prouver en cas de litige. Et le consentement tacite, la personne a vu qu’elle était photographiée et ne s’y est pas opposée, est reconnu, mais reste un terrain glissant. Point crucial : c’est à vous de prouver le consentement, pas à la personne de prouver son refus.
Usage commercial : consentement obligatoire. Mineurs : autorisation des deux parents, sans exception.
Envie de faire de la Street photography ?
Maintenant que vous savez tous sur le droit de l’image en photographie dans la rue, Venez suivre le cours Street Photography chez Graine de Photographe à Paris, Lille, Toulouse, Bordeaux, Strasbourg, Aix-en Provence et Lyon ! Vous apprendrez à construire votre reportage photo, à raconter une histoire à travers vos images, à varier les compositions, choisir des angles d’approche et vous rendre invisible des passants.
Votre agenda photo de Mai 2026
Des archives de Martin Parr ou celles de Robert Capa aux broderies urbaines d’OriKub, des rave parties de la Maison Doisneau aux mémoires brouillées de Marthe Lazarus, mai mêle les formats, les univers et les sensibilités.
Découvrez notre sélection d’expositions et événements photo près de chez vous en mai 2026.
Les expositions photo
Robert Capa - Photographe de Guerre
Jusqu’au 20 décembre 2026, le musée de la Libération de Paris consacre une exposition à Robert Capa, figure fondatrice du photojournalisme de guerre.
Réalisée en collaboration avec Magnum Photos, elle rassemble plus de 160 pièces, tirages de presse d’époque, magazines, documents et objets personnels, pour retracer le parcours d’un jeune exilé hongrois devenu l’une des icônes de la photographie moderne.
L’exposition rappelle, que son travail n’a rien perdu de son actualité : en 2024, cinquante-quatre journalistes ont encore perdu la vie en zone de conflit. Capa n’a pas seulement photographié la guerre, il a posé la question de ce que coûte le fait d’en témoigner.
Tarif plein : 11 € / tarif réduit : 9 €. Réservation en ligne fortement recommandée.
Lieu : Musée de la Libération de Paris, 4 avenue du Colonel Henri Rol-Tanguy, Paris 14e.
Regards Urbains - OriKub
Du 5 au 24 mai 2026, la galerie La Palette des Possibles à Toulouse accueille Regards urbains, la première exposition personnelle d’OriKub, artiste visuelle d’origine polonaise dont la pratique croise photographie et broderie main.
Son travail part d’un regard aiguisé sur la ville : façades, chantiers, lignes de fuite, architecture urbaine. Puis vient le fil, brodé à la main directement sur le tirage, qui suit certaines lignes, en réinvente d’autres, réécrit l’horizon.
Le résultat : des œuvres hybrides qui invitent à s’approcher, à ralentir, à regarder jusqu’à presque toucher. L’exposition va d’ailleurs jusqu’au bout de cette idée, avec des fragments de papier brodé accessibles au toucher et une installation participative en vitrine, Regards partagés, où chacun est invité à contribuer.
L’exposition est gratuite, du mardi au dimanche de 10h à 18h (mercredi jusqu’à 20h).
Lieu : La Palette des Possibles, Toulouse
Par-delà le mur de son. Fêtes Techno - Exposition collaborative
Jusqu’au 31 mai 2026, la Maison de la Photographie Robert Doisneau à Gentilly présente Par-delà le mur de son. Fêtes techno, une exposition collective signée Julie Hascoët, Cha Gonzalez et Rebecca Topakian. Trois regards pour une même immersion dans l’univers des raves et free parties, de l’intérieur.
Loin des clichés et des fantasmes qui entourent souvent la scène techno, les trois photographes restituent ce que la fête est vraiment : un espace social, une culture à part entière, une expérience collective qui se vit autant qu’elle se voit. Leurs images décrivent des lieux, des corps, des atmosphères, avec la précision de celles qui y étaient, pas de celles qui observaient de loin.
L’exposition est gratuite, du mercredi au vendredi de 13h30 à 18h30, et le week-end de 13h30 à 19h.
Lieu : Maison de la Photographie Robert Doisneau, Gentilly.
Marthe Lazarus
Du 16 avril au 2 juillet 2026, l’espace Mémoire Magnétique accueille le travail de Marthe Lazarus au cœur du Chemin du Montparnasse. Ce lieu atypique qu’Eric Darmon, producteur et réalisateur de films documentaires sur l’art, a fait de son espace de partage et de rencontres artistiques.
À travers des autoportraits, des mises en scène et des interventions dans la matière, elle construit une photographie obsessionnelle, faite de répétitions et de glissements.
L’exposition réunit trois séries : Guerre de haute intensité, Multiple et Cires. Elle présente également ses auto-éditions, fabriquées à la main dans son atelier d’Aubervilliers.
Le 22 mai de 18h à 21h, Marthe Lazarus organise une soirée autour du livre d’artiste et de l’auto-édition, avec d’autres artistes invités.
Entrée libre, du mardi au samedi de 14h à 18h (sauf jours fériés).
Lieu : Mémoire Magnétique, Chemin du Montparnasse, Paris 15
In Plain View- Martin Parr
Jusqu’au 6 juin 2026, la nouvelle galerie Magnum à Paris rend hommage à Martin Parr, elle aussi. In Plain View réunit tirages, archives et documents pour retracer cinquante ans d’une œuvre qui a changé le regard sur la photographie documentaire.
Des portraits en noir et blanc des communautés ouvrières du nord de l’Angleterre dans les années 70 aux couleurs saturées de Common Sense, Parr a toujours photographié ce que les autres trouvaient trop ordinaire pour mériter un cadre : plages bondées, tasses de thé, touristes bronzés.
Une exposition à ne pas manquer, d’autant qu’elle inaugure le nouveau lieu parisien de l’agence.
Gratuit. Du mardi au vendredi de 10h à 19h, samedi de 11h à 19h.
Lieu : Magnum Gallery, Paris 11e.
Essentia - Exposition collective
Du 25 avril au 20 juin 2026, la Galerie Parallax à Aix-en-Provence présente Essentia, une exposition qui réunit Steffen Diemer et Bertrand Hugues autour d’une même question : que reste-t-il quand on enlève tout le superflu ?
Deux approches, une même exigence. Diemer photographie le végétal au collodion humide, un procédé du XIXe siècle qui confère à ses images une matière et une présence presque tactiles. Hugues, lui, construit des compositions fragiles tirées au procédé Fresson, où la douceur des tons transforme chaque plante en sensation. Ensemble, leurs œuvres explore la lumière, le silence et la matière.
Entrée libre, du mercredi au samedi de 10h30 à 12h30 et de 15h à 18h30.
Lieu : Galerie Parallax, Aix-en-Provence.
Nu au Paradis — Michael von Graffenried
Du 16 avril au 4 juillet 2026, l’Espace MVG à Paris présente une exposition consacrée à la série Nu au Paradis, de Michael von Graffenried.
Le nu, un sujet aussi ancien que la photographie elle-même, revisité ici avec une intention claire : explorer la nudité non comme provocation, mais comme expérience du regard et de la perception.
L’exposition s’accompagne de plusieurs rendez-vous : une session de dessin avec modèle vivant, une conversation avec le critique Jean-Hubert Martin sur le nu dans l’histoire de l’art, et une visite naturiste organisée avec la Fédération française de naturisme.
Entrée libre, du jeudi au samedi de 14h à 18h.
Lieu : Espace MVG, Paris 15e.
Black Bricolage - Johny Pitts
En deuxième partie de saison, MEP studio accueil l’exposition Black Heritage de l’artiste anglais Johny Pitts, jusqu’au 24 mai 2026. Une série de photographies, carnets et documents consacrée à ce qu’il appelle l’Afropéanité : être noir et européen.
Pendant vingt ans, il a sillonné les villes du continent, Paris, Berlin, Lisbonne, Marseille, pour photographier les communautés afro-descendantes dans leur quotidien. Des fragments de vie qui, mis bout à bout, forment quelque chose de plus grand qu’un simple reportage.
Tarif plein : 12 € / tarif réduit : 6 €. Mercredi et vendredi de 11h à 20h, jeudi jusqu’à 22h, samedi et dimanche de 10h à 20h.
Lieu : MEP – Studio, Paris 4e.
Dessins et autres destins - Jacqueline Salmon
Du 20 mars au 7 juin 2026, la Fondation Renaud au Fort de Vaise accueille Desseins et autres destins, une exposition consacrée à Jacqueline Salmon, photograhe et historienne de formation.
Elle photographie ce qu’on ne regarde d’habitude pas : les racines cachées des légumes, les phénomènes naturels invisibles à l’œil nu, les archives oubliées. Elle y superpose du dessin, du texte, de la peinture, jusqu’à ce que l’image devienne autre chose qu’une image. Une façon de photographier qui ressemble davantage à une enquête qu’à une prise de vue.
Entrée libre. Du mercredi au dimanche.
Lieu : Fondation Renaud, Lyon 9e.
Spring Kick-Off ! - les street photography du collectif LOOP
Jusqu’au 22 juin, le collectif LOOP réunit 7 photographes de rue aux regards bien distincts, unis par une même conviction : la street photography appartient à tout le monde. Humaniste et contemporaine, leur démarche oscille entre document et intention artistique, des gestes saisis sur le vif, des scènes ordinaires rendues singulières.
Cette exposition, réalisée en partenariat avec Graine de Photographe, rassemble des images prises à Paris, Marseille, Londres, en Sicile et ailleurs en Italie. Elle marque aussi l’arrivée d’un nouveau membre dans le collectif : Hervé Chatel.
Une occasion de traverser la ville autrement, l’œil affûté , et si l’envie de shooter la rue vous prend, la masterclass street photography de mai n’attend plus que vous.
Plus d’info sur l’ exposition : Spring Kick-Off
Lieu : Galerie Graine de Photographe, Paris 4
Événements photo
Projection et rencontre autour de Vincent Murier - Exposition Vivre Ensemble
Le 8 mai 2026, dans le cadre de la programmation de Vivre Ensemble, Le grand photographe Vincent Munier vient à votre rencontre Place de la Concorde. Au programme, la projection du documentaire Vincent Munier, l’éternel émerveillé, suivie d’une rencontre avec le photographe naturaliste en personne.
Après La Panthère des neiges, il est revenu en 2025 avec Le Chant des forêts, un documentaire où il remonte la trace d’un oiseau disparu des Vosges, avec son père et son fils.
Cet événement s’inscrit dans le cadre de l’exposition Vivre Ensemble, imaginée par Yann Arthus-Bertrand et la Fondation GoodPlanet sur la Place de la Concorde jusqu’au 10 mai.
Des visites guidées de France, un album de famille sont organisées les 2, 3, 9 et 10 mai, dont une visite en langue des signes le samedi 2 mai. Découvrez l’agenda sur le site de la Fondation GoodPlanet.
Projection gratuite, sur inscription en ligne. De 18h30 à 21h.
Lieu : Place de la Concorde, Paris 8e.
Ce que vous pouvez encore voir de nos agendas précédents
- Global Warning de Martin Parr – Jeu de Paume, Paris 1 (jusqu’au 24 mai)
- American Images de Dana Lixenberg – Maison Européenne de la Photographie, Paris 04 (jusqu’au 24 mai)
- Guido Guidi. Col tempo, 1956–2024 – LE BAL, Paris 18 (jusqu’au 24 mai)
- Les corps élastiques de Lucie Pastureau – Institut pour la photographie – Théâtre du Nord, Lille
- À fleur de peau de Chloé Jafé – La Chambre, Strasbourg (jusqu’au 24 mai)
- Discover de François Daireaux – Le Bleu du Ciel, Lyon (jusqu’au 30 mai)
- This Will Not End Well de Nan Goldin – Grand Palais, Paris 8
- Fragilités et Résiliences de Thibault Gerbaldi – Jardin du Luxembourg, Paris 6
- Circulation(s), festival de la jeune photographie européenne – CENTQUATRE, PARIS 19
- Hommage à Sebastião Salgado – Salle Saint-Jean de l’Hôtel de Ville de Paris 1 (jusqu’au 30 mai)
- Lignes de fuite de Guillaume Lavrut – Polka Galerie, Paris 3 (jusqu’au 16 mai).
- Instants Polaroid d’Alain Guillemaud – Les Archives municipales de Lyon.
- Rétrospective de Lee Miller – Le Musée d’Art Moderne, Paris 16.
- En ces lieux – Jo Ractliffe, Le Jeu de Paume, Paris 1 (jusqu’au 24 mai)
- The Day May Break – Chapters On to Four de Nick Brandt – Polka Galerie, Paris 3 (jusqu’au 16 mai)
- Les Grands Âges de Nikos Aliagas – Le Musée de l’Homme, Paris 16.
- Parce que. Ici. d’Anne Desplantez & les enfants du Sarthé – Le Château d’eau, Toulouse (jusqu’au 24 mai)
- Vivre Ensemble de Yann Arthus-Bertrand, Hervé Le bras et Fondation GoodPlanet – Place de la Concorde, Paris 8e (jusqu’au 10 mai)
À LIRE AUSSI
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- Hommage à Martin Parr, photographe de la banalité
- Collage contemporain – Découvrez l’univers de l’artiste Émir Shiro
- Quand la photographie rencontre d’autres pratiques artistiques
- Berlin After Dark la série du street photographer Sebastian Jacobitz
- La photographe Erica Simone se met à nu dans les rues de New-York
- Les chevaux devant l’objectif de Yann Arthus-Bertrand
- « Les Français » le projet inédit de Yann Arthus-Bertrand
Paris minimaliste vu par Guillaume Lavrut dans Lignes de Fuite
Directeur artistique de métier, Guillaume Lavrut a développé en parallèle une pratique photographique personnelle, nourrie par le même sens aigu de la composition qui guide son travail quotidien.
Avec Lignes de fuite, il présente à la galerie Polka, jusqu’au 16 mai 2026, une série de photographies de rue qui nous invite à voir un Paris minimaliste. Des lieux du quotidien transformés par un jeu de lumière et de la couleur, que l’on découvre sous un nouvel angle. Sous son objectif, la ville perd son bruit, sa densité, son chaos familier.
Pourriez-vous nous raconter comment la photographie est entrée dans votre vie ?
La photo est une passion que j’exerce en amateur depuis une quinzaine d’année. Nourri à l’argentique et à quelques notions formelles pendant mes études artistiques, je me lance très vite dans le numérique, attiré par sa praticité et sa rapidité. La photographie devient mon principal mode d’expression.
J’ai commencé avec un smartphone toujours en poche. Petit, pratique et discret. Avec le temps, j’ai ressenti le besoin d’aller plus loin dans la technique et la qualité des images. J’ai donc délaissé le smartphone au profit d’un boitier (qui me suis également partout)
« Smartphone toujours en poche, ou appareil en bandoulière, curieux et contemplatif, j’aime les choses simples et traquer le détail »
Cette manière d’être toujours à l’affût, c’est quelque chose que vous avez eu dès le début ou un réflexe qui s’est affiné avec le temps ?
J’ai toujours été très observateur et contemplatif. Ces petits détails du quotidien se sont donc retrouvés naturellement dans mes photos
« Je me reconnais entièrement dans cette phrase de Robert Capa : « les photos sont là, il ne reste plus qu’à les prendre »».
Qu’est-ce que vous cherchez à montrer de la capitale dans cette série ?
Je cherche a étonner par des jeux de proportions, de perspectives J’aime les compositions graphiques qui rendent Paris different à la limite de l’abstrait.
Tout part d’une intuition. Rien n’est calculé. Je me laisse guider par les éléments qui vont construire la photo.
Y a-t-il une image de cette série qui vous tient particulièrement à coeur ?
L’image du jardin des Tuileries.
Mon travail a commencé à etre reconnu depuis cette image, qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux. Même si je l’ai vue et re-vue, je luis doit une fière chandelle.
Exposition photo - Spring Kick-Off, les street photography du collectif LOOP
Le collectif LOOP lance son printemps avec une nouvelle exposition de street photography.
À l’occasion du retour du soleil et des beaux jours, venez déambuler avec nous à travers une ville vibrante d’instants que nous avons choisis de partager, de visages et d’histoires urbaines.
Créé dans l’intention de rendre la street photography accessible à tous, le collectif LOOP repose sur des valeurs de partage, d’échange et de convivialité. LOOP c’est 7 photographes de rue aux regards distincts. Leur travail explore la ville et ses habitants dans une approche à la fois humaniste et contemporaine, à la frontière entre photographie artistique et documentaire. Chacun développe son écriture, mais tous s’attachent à capter des situations réelles, des gestes, des scènes du quotidien.
Cette exposition, réalisée en partenariat avec Graine de Photographe, présente une sélection d’images réalisées à Paris, Marseille, Londres, ainsi qu’en Sicile et ailleurs en Italie et sera l’occasion de découvrir les photos de notre nouveau membre, Hervé Chatel.
Une invitation à rouvrir le regard, à ressentir la ville autrement, à échanger et peut-être, à votre tour, sortir l’appareil photo dès les premiers rayons du soleil.
Si vous souhaitez prolonger l’expérience en immersion réelle, rejoignez nos photographes Roxana Albu Mercié, Thomy Keat, ainsi que d’autres membres de LOOP, lors d’une masterclass de street photography à Paris le 23 mai.
Cette session propose une approche à la fois pratique et personnalisée pour affiner votre regard, structurer votre démarche et gagner en confiance. Vous aurez également l’opportunité de tester gratuitement le Ricoh GR IV, un boîtier particulièrement adapté à la photographie de rue.

VERNISSAGE LE JEUDI 23 AVRIL 2026
Toutes les photos sont exposées à la galerie grainedephotographe.com, sur l’île Saint-Louis à Paris
du 20 avril au 22 juin
14 Quai de Béthune 75004 Paris
(Visites sur demande lundi au vendredi de 10h à 18h.
Veuillez nous contacter au 09 80 39 42 35 pour prévoir votre venue).


Marta Bevacqua : du portrait féminin aux paysages polaires
Photographe et directrice artistique basée à Paris, Marta Bevacqua s’est imposée comme une voix singulière dans la photographie de mode et de portrait. Ses images paraissent dans des titres comme Grazia ou Vogue, mais c’est d’abord une sensibilité, romantique, minimaliste, profondément humaine, qui les rend reconnaissables. Chaque portrait de femme qu’elle réalise porte une histoire, racontée avec grâce et une vision résolument émancipatrice.
Nous l’avions déjà rencontrée 10 ans auparavant, dans notre précédent article (INTERVIEW : Les portraits de la photographe Marta Bevacqua). Aujourd’hui, c’est un tout autre territoire qu’elle explore : Signs_, un livre de photographies réalisées aux îles Svalbard entre 2016 et 2024, en plein hiver arctique.
Pouvez-vous nous parler de vos débuts en photographie ?
« J’ai grandi dans une maison dans la campagne de Rome. Je me suis rapprochée de la photographie sur internet, en cherchant des images pour un jeu en ligne, et après ça, j’ai continué à en regarder juste pour le plaisir. Après, je me suis dit d’essayer moi même de prendre quelques photos, et avec un appareil cassé que j’ai trouvé chez moi, j’ai commencé et jamais arrêté.
Au début, je me suis concentrée sur la nature et les portraits (avec mes sœurs, mes amis,…). La mode est arrivée un peu par hasard : j’ai fait un cours d’une semaine en Fashion Photography à la Central Saint Martins de Londres, puis mes premières éditos à Milan. Le choix de partir s’est imposé, j’ai choisi Paris et j’ai déménagé en janvier 2014. Je suis encore là.
Petit à petit j’ai construit ma carrière, trouvé mon agent et ma dimension ici en France. Maintenant ça fait 12 ans, le temps passe vite ! »
Qu’est-ce qui a le plus évolué dans votre pratique ces dix dernières années ?
« Tout d’abord j’ai eu beaucoup de clients, et j’ai appris à gérer leurs envies tout en gardant mon style. J’ai eu des projets commerciaux, d’autres plus artistiques. J’ai beaucoup voyagé, je me suis amusée. Surtout, j’ai grandi pendant que je construisais ma carrière. Je suis devenue qui je suis maintenant aussi grâce à ça. Mon style a évolué, je pense l’avoir affiné, j’ai expérimenté, j’ai fait des erreurs, et j’ai fini par trouver le bon chemin. Dix ans, c’est simplement la vie. »
Signs_ : le grand nord comme terrain personnel
Pouvez-vous nous parler de votre livre photo Signs_ ? Qu’est-ce que vous souhaitiez transmettre à travers ces images ?
« Signs_ est une collection de photos prises lors de mes voyages aux îles Svalbard, au nord. C’est un endroit très important pour moi, j’y suis allée cinq fois, et pendant mon dernier séjour, j’ai décidé de partager cette passion avec un livre. Au fil des années, j’y ai réalisé énormément de projets, et c’est là-bas que je me suis aussi lancée dans la photo de paysage, le conceptuel, la nature. »
« Ce que je raconte avec Signs_, c’est un voyage dans la nature sauvage, dans le silence et la lumière, des endroits où les humains n’ont pas vraiment leur place, mais où ils peuvent apprendre à explorer tout en respectant la nature. »
Y a-t-il une photographie du livre que vous aimez particulièrement ?
Oui, c’est un autoportrait que j’ai pris à la fin d’une journée très spéciale. Je pense qu’il représente le silence, les lumières et l’amour que j’ai pour les Svalbard.
Voyez-vous une évolution dans votre façon de photographier ?
« Absolument. J’ai gardé que la simplicité. Avant, j’utilisais beaucoup plus de props, de matériel. Maintenant j’ai besoin d’un appareil photo avec mon objectif préféré, le 50mm, et c’est tout. Mes photos sont aussi beaucoup plus naturelles, spontanées, et moins chargées. Je me suis un peu libérée de tout ce qui n’était pas nécessaire. »
Comment définiriez-vous votre style photographique aujourd’hui ?
« Je pense que c’est un mix de tout. J’ai beaucoup travaillé, rencontré énormément de gens, vécu de belles expériences, et aussi de mauvaises. Tout fait partie de mon évolution. Aujourd’hui, je dirais que mon style est naturel, simple, et très émotionnel. »
Votre agenda photo d'Avril 2026
Avril 2026 marque le plein cœur du printemps, la saison idéale pour s’accorder une sortie culturelle à Paris et ailleurs. Les beaux jours rallongent, et avec eux l’envie de pousser les portes des galeries photo et des musées pour s’imprégner d’univers qui sortent du quotidien.
Ce mois-ci, la programmation photographique est particulièrement riche : grandes rétrospectives parisiennes avec Lee Miller et Sebastião Salgado, expositions engagées sur le climat ou la mémoire familiale, événements gratuits en régions, il y en a pour tous les regards et toutes les sensibilités.
Découvrez notre sélection d’expositions et événements photo près de chez vous en avril 2026.
Les expositions photo
Hommage à Sebastião Salgado
Jusqu’au 30 mai 2026, la Salle Saint-Jean de l’Hôtel de Ville de Paris rend hommage à Sebastião Salgado, photographe brésilien disparu en mai 2025 à l’âge de 81 ans. Conçue par Lélia Wanick Salgado, cette exposition réunit près de 200 œuvres qui retracent les grandes séries ayant marqué une carrière hors du commun : des réfugiés éthiopiens aux paysages vierges d’Amazônia, des travailleurs de Workers aux territoires préservés de Genesis.
À travers ces images en noir et blanc, nous traversons un demi-siècle d’engagement : celui d’un homme qui n’a jamais dissocié l’objectif de la conscience.
Le parcours s’achève sur une note inattendue : les œuvres de Rodrigo Salgado, fils du photographe, né avec la trisomie 21 et peintre depuis l’enfance. Ses oeuvres, sensibles et intimes, referment l’exposition comme on ouvre un nouveau chapitre, avec la conviction que l’histoire continue.
L’exposition est gratuite, sur réservation, du mardi au samedi de 10h à 18h30.
Lieu : Salle Saint-Jean de l’Hôtel de Ville de Paris 1
Lignes de fuite - Guillaume Lavrut
La galerie Polka, à Paris, présente le travail de Guillaume Lavrut jusqu’au 16 mai 2026. Lignes de fuite rassemble des photographies prises dans des lieux du quotidien : cours de tennis, jardins, escaliers, carrosseries de voitures, transformés par un sens aigu de la composition et de la couleur.
Pas de mise en scène, pas d’artifice : Lavrut saisit ce qui est déjà là, ces petits détails que personne ne remarque vraiment. Angles, lumières, géométries, tout devient matière à image. Le résultat est troublant : une Paris minimaliste, presque trop propre, trop calme, comme un Truman Show à la française. Une belle invitation à regarder la ville comme pour la première fois.
L’exposition est gratuite, du mardi au samedi.
Lieu : Polka Galerie, Paris 3
Instants Polaroid - Alain Guillemaud
Les Archives municipales de Lyon se transforment en galerie le temps d’une exposition dédiée à Alain Guillemaud, visible jusqu’au 11 juillet 2026. Instants Polaroid réunit des tirages originaux réalisés au fil des années : publicités, scènes urbaines, natures mortes, lieux abandonnés. Des images marquées par le bleu, couleur de prédilection de l’artiste, et par les imperfections propres au procédé instantané, ces petits accidents qui font le charme du Polaroid.
Le parcours s’achève sur une invitation à faire : des ateliers Polaroid animés par Alain Guillemaud lui-même sont organisés tout au long de l’exposition, pour repartir avec ses propres instants entre les mains.
L’exposition est gratuite, sans réservation, du lundi au samedi.
Lieu : Archives municipales de Lyon
Rétrospective - Lee Miller
C’est l’une des expositions à ne pas manquer ce printemps à Paris. Le Musée d’Art Moderne accueille une rétrospective consacrée à Lee Miller su 10 avril au 2 août 2026, la plus grande en France depuis vingt ans. Mannequin, artiste surréaliste, photographe de mode, correspondante de guerre : peu de parcours au XXe siècle auront été aussi intenses et aussi difficiles à mettre en une seule case.
Près de 250 tirages retracent une vie entière, de New York à Paris, du Caire aux champs de bataille européens. On y retrouve ses expérimentations avec Man Ray, ses portraits de l’avant-garde artistique, mais aussi ses reportages bouleversants sur la libération des camps de concentration, des images parmi les premières à révéler l’horreur au grand public.
Une exposition qui rend enfin à Lee Miller la place qu’elle mérite, celle d’une artiste à part entière.
Tarif plein : 17€ – tarif réduit : 15€ – gratuit pour les moins de 18 ans. Du mardi au dimanche de 10h à 18h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h30.
Lieu : Le Musée d’Art Moderne, Paris
En ces lieux - Jo Ractliffe
Peu connue en France, Jo Ractliffe mérite pourtant qu’on s’y attarde. Le Jeu de Paume lui consacre sa première grande exposition monographique en France jusqu’au 24 mai 2026. Née au Cap en 1961, cette photographe sud-africaine a passé des décennies à arpenter les paysages marqués par l’apartheid, les conflits angolais, les terres abandonnées de Namibie, des endroits que l’histoire a traversés de plein fouet.
Ses images ne cherchent pas à tout montrer. Elles suggèrent, laissent des silences, invitent à lire ce qui se cache sous la surface d’un paysage en apparence ordinaire.
Une belle occasion de découvrir une voix photographique forte, engagée.
Plein tarif : 14€ – tarif réduit : 9,50€ – 19-25 ans et étudiant·es (du mardi au vendredi) : 7,50€ – gratuit le dernier mardi du mois et pour les moins de 18 ans. Du mardi au dimanche de 11h à 19h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h.
Lieu :Le Jeu de Paume, Paris
En route : views from Atlanta and Marseille - Exposition collective
Jusqu’au 3 mai, la Friche la Belle de Mai à Marseille, accueille En route : views from Atlanta and Marseille jusqu’au 3 mai 2026. Cette exposition collective réunit quatre photographes qui ont traversé l’Atlantique dans les deux sens : certains partis découvrir Atlanta (Yohanne Lamoulère, Geoffroy Mathieu), d’autres venus poser leurs valises à Marseille (Joshua Dudley Greer, Nydia Blass), avec un seul outil en poche : leur appareil photo.
Le résultat est un dialogue inattendu entre deux métropoles du sud que tout semble opposer, et qui pourtant se ressemblent : même sens de l’identité locale, même histoire complexe, même énergie populaire. On y croise des fanfares de lycée, des trottoirs improvisés, des portraits d’adolescents, des paysages rocheux.
L’exposition est gratuite, tous les jours de 11h à 19h.
Lieu : La Friche la Belle de Mai, Marseille
The Day May Break — Chapters One to Four - Nick Brandt
Toujours à la Galerie Polka à Paris, et jusqu’au 16 mai 2026, une autre exposition qui mérite le détour. Nick Brandt, connu pour ses portraits d’animaux sauvages africains photographiés aux côtés d’humains, présente ici son dernier chapitre : la Jordanie.
Dans ce pays marqué par la pénurie d’eau, il a rencontré des familles de réfugiés syriens contraintes de se déplacer plusieurs fois par an à la recherche de travail. Comme dans les volets précédents, humains et animaux partagent le même cadre, enveloppés d’une brume dense, symbole d’une crise climatique qui ne fait pas de distinction entre les espèces.
Des portraits sobres, qui mettent des visages sur ce que les chiffres du changement climatique ne parviennent pas à faire ressentir.
L’entrée est gratuite, du mardi au samedi.
Lieu : Polka Galerie, Paris 3
Les Grands Âges - Nikos Aliagas
On connaît Nikos Aliagas pour ses plateaux télé. C’est derrière un objectif qu’il se révèle autrement. Le Musée de l’Homme, au Trocadéro, lui consacre une exposition du 8 avril 2026 au 3 janvier 2027 : Les Grands Âges, une série de portraits en noir et blanc qui s’attarde sur les visages marqués par le temps, les gestes qui persistent, la dignité de ceux qu’on regarde trop peu.
Ce qui rend cette exposition singulière, c’est sa double lecture : les photographies de Nikos Aliagas dialoguent avec les travaux du biodémographe Samuel Pavard, spécialiste du vieillissement. Art et science, deux regards qui se complètent pour poser une question simple, mais essentielle : quelle place faisons-nous vraiment aux personnes âgées dans nos sociétés ?
Une belle sortie à Paris, aussi douce qu’elle donne à réfléchir.
Tarif : 15€ -tarif réduit : 12€ – gratuit pour les moins de 25 ans. Du mercredi au lundi de 11h à 19h, fermé le mardi.
Lieu : Le Musée de l’Homme, Paris 16
Parce que. Ici. - Anne Desplantez & les enfants du Sarthé
À Toulouse, la galerie le Château d’Eau accueille jusqu’au 24 mai 2026 un projet humain et touchant. Pendant deux ans, la photographe Anne Desplantez a travaillé avec 29 enfants placés par l’aide sociale à l’enfance dans une maison d’enfants du Gers. Ensemble, ils ont créé Parce que. Ici., une série de photos qui raconte leur quotidien, leurs jeux, leurs corps en mouvement, leur façon bien à eux d’occuper l’espace.
Le résultat questionne en douceur un système souvent oublié : celui de l’enfance placée, de ces vies qui se construisent en marge, loin des regards. Chaque image porte l’empreinte de cette expérience collective, entre pudeur et franchise, entre l’intime et le politique.
Une exposition tendre et engagée, qui rappelle que la photographie peut aussi être un espace pour exister.
Tarif plein : 5€ – tarif réduit : 3€ – gratuit pour les moins de 5 ans. Du mercredi au dimanche de 11h à 18h.
Lieu : Le Château d’eau, Toulouse
Vivre Ensemble- Yann Arthus-Bertrand, Hervé Le Bras, Fondation GoodPlanet
Place de la Concorde, à Paris, Yann Arthus-Bertrand et la Fondation GoodPlanet investissent l’un des espaces les plus emblématiques de la capitale pour Vivre Ensemble, du 11 avril au 10 mai 2026.
Depuis plus de trente ans, le photographe parcourt la France pour photographier ses habitants, seuls, en famille, avec leurs collègues ou leurs animaux, sur une même toile de jute. En 2023, sa rencontre avec le démographe et historien Hervé Le Bras donne une nouvelle dimension à ce travail : ensemble, ils construisent une vaste enquête photographique et humaine à travers toute la France, aboutissant au livre France, un album de famille. Le résultat, c’est un portrait de la France d’aujourd’hui, dans toute sa diversité et sa beauté ordinaire.
Avec Vivre Ensemble, l’exposition est conçu comme un espace de rencontres ouvert à tous : concerts, débats, performances artistiques, et même un studio photo conçu par l’architecte Renzo Piano où chacun peut se faire photographier à son tour.
Une belle sortie à Paris, au grand air et gratuite.
Lieu : Place de la Concorde, Paris 8e
Événements photo
Spring Kick-Off ! - les street photography du collectif LOOP
Le collectif LOOP réunit 7 photographes de rue aux regards bien distincts, unis par une même conviction : la street photography appartient à tout le monde. Humaniste et contemporaine, leur démarche oscille entre document et intention artistique, des gestes saisis sur le vif, des scènes ordinaires rendues singulières.
Cette exposition, réalisée en partenariat avec Graine de Photographe, rassemble des images prises à Paris, Marseille, Londres, en Sicile et ailleurs en Italie. Elle marque aussi l’arrivée d’un nouveau membre dans le collectif : Hervé Chatel.
Une occasion de traverser la ville autrement, l’œil affûté , et si l’envie de shooter la rue vous prend, la masterclass street photography de mai n’attend plus que vous.
Plus d’info sur l’ exposition et incription ici : Spring Kick-Off
Le mois de la photo - Bordeaux
Pendant le mois d’avril, Bordeaux se transforme en terrain de jeu pour les amateurs de photographie. Le Mois de la Photo investit la ville avec 34 expositions en accès libre, réparties dans les galeries, les lieux culturels et l’espace public : de Darwin à la Halle des Chartrons, des Jardins de la Cité du Vin aux places de quartier.
Plus de 100 photographes sont à l’affiche, avec des univers très différents : reportage, portrait, nature, architecture, photographie argentique… Il y en a pour tous les regards, et tout est gratuit.
Plus d’info sur les expositions et inaugurations ici : Ville de Bordeaux
En Famille - 5ème édition du Prix Hip
Pour sa 5e édition, le Prix HiP (Histoires Photographiques) investit une nouvelle fois l’Espace Andrée Chedid, à l’occasion du Bicentenaire de la Photographie et du Printemps de la photographie. Du 2 avril au 13 mai 2026, cette nouvelle édition propose une exposition intitulée En Famille, réunissant les œuvres de quatre photographes francophones et deux projets inédits autour des relations familiales et de la mémoire.
Au programme : des autoportraits décalés du quotidien, un deuil silencieux traduit sur papier artisanal, un quartier alternatif belge photographié de l’intérieur, et des portraits de peuples arctiques menacés. Quatre regards très différents sur ce qui nous relie, ou nous échappe — au sein d’une famille.
Parmi les artistes invités, une photographe que vous connaissez peut-être déjà : Natalya Saprunova, formatrice chez Graine de Photographe, présente sa série Peuple Boréal. Un travail documentaire immersif au cœur des communautés arctiques menacées par la fonte du permafrost, conséquence du réchauffement climatique.
Entrée gratuite. Du lundi au vendredi de 8h30 à 19h, le samedi de 9h à 19h. Espace Andrée Chedid, Issy-les-Moulineaux
Ce que vous pouvez encore voir de nos agendas précédents
- Migrations et Climat. Comment habiter notre monde ? (jusqu’au 5 avril) – Palais de la Porte Dorée, Paris 12
- Nitassinan de Yann Datessen (jusqu’au 25 avril) – Stimultania – pôle de photographie, Strasbourg
- Global Warning de Martin Parr – Jeu de Paume, Paris 1
- Henri Cartier-Bresson – Les Européens – Fondation Henri Cartier-Besson, Paris 03
- American Images de Dana Lixenberg – Maison Européenne de la Photographie, Paris 04
- Guido Guidi. Col tempo, 1956–2024 – LE BAL, Paris 18
- Sous terre de Antoine Lecharny – Galerie Sit Down, Paris 03
- Les corps élastiques de Lucie Pastureau – Institut pour la photographie – Théâtre du Nord, Lille
- À fleur de peau de Chloé Jafé – La Chambre, Strasbourg
- Paysage du Loup de Etienne Maury (jusqu’au 25 avril) – item galerie, Lyon
- Discover de François Daireaux – Le Bleu du Ciel, Lyon
- Proche. Lointain. Incertain. Exposition collective (jusqu’au 18 avril) – Galerie VU’, Paris 15
- Séquences de Elsa et Johanna (jusqu’au 11 avril) – Galerie La Forest Divonne, Paris 6
- This Will Not End Well de Nan Goldin – Grand Palais, Paris 8
- Fragilités et Résiliences de Thibault Gerbaldi – Jardin du Luxembourg, Paris 6
- Circulation(s), festival de la jeune photographie européenne – CENTQUATRE, PARIS 19
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- Quand Deanna Dikeman rencontre Judith Black : Blended Families en 120 photographies
Quand Deanna Dikeman rencontre Judith Black : Blended Families en 120 photographies
Peut-être que la dame sur cette photo vous dit quelque chose. Imaginez la devant une maison de banlieue américaine, dans une allée de garage, accompagné de son mari faisant signe de la main. Vous avez sûrement vu passer cette photo de Deanna Dikeman de sa série Leaving and Waving, dans laquelle elle documente le moment des adieux avec ses parents sur 27 ans.
Depuis novembre 2025, elle expose ses photographies de famille en conversation avec celles de Judith Black à la Flow Photographic Gallery de Londres, dans une exposition intitulée Blended Families.
Deanna Dikeman photographie sa famille du Midwest depuis 1985, construisant patiemment une œuvre sur la durée et les liens ordinaires. Récompensée par le Prix Nadar et la bourse Guggenheim, elle est publiée chez Chose Commune avec deux livres, Leaving and Waving et Relative Moments.
Judith Black, née en 1945 au Kansas, photographie les intérieurs et extérieurs des ménages depuis 1979. Son travail, exposé dans le monde entier, figure dans des collections comme le MoMA ou le Harvard Art Museums. Elle a publié plusieurs livres et a dirigé le programme de photographie de Wellesley College pendant 25 ans.
Deux femmes photographes, deux archives, deux familles américaines qui ne se sont jamais croisées. Et pourtant.
Comment la photographie est-elle entrée dans votre vie ?
Judith : J’ai suivi des cours d’art dès l’âge de 7 ans, et j’ai continué tout au long du lycée et de l’université. J’ai acheté mon premier appareil Brownie quand j’avais sept ans. Mais l’essentiel de mon intérêt allait vers d’autres médiums moins coûteux, comme le dessin ou la peinture. Puis, devenue adulte avec une grande famille, le temps de peindre s’est raréfié, et la photographie est devenue mon médium, je pouvais la pratiquer à n’importe quel moment de la journée. À 36 ans, j’ai passé un master en photographie pour pouvoir enseigner à l’université. Deanna et moi avons emprunté des chemins très différents pour arriver à des carrières similaires ! Aujourd’hui, on nous connaît pour nos points communs, notamment l’utilisation de la pellicule noir et blanc pour la majeure partie de notre travail.
Deanna : Enfant, j’ai toujours adoré les cours d’arts plastiques à l’école. Plus tard, j’ai fait de la peinture à l’huile avec ma tante Evey, en apprenant à partir de manuels achetés dans un magasin de beaux-arts. C’est mon père qui m’a offert mon premier appareil Brownie. Je me suis lancée sérieusement dans la photographie à 31 ans, après des études en sciences et en gestion, et un passage dans le monde de l’entreprise. Je n’ai pas de diplôme en art, juste quelques cours dans un community college.
Comment est né le projet Blended Families ?
Deanna et Judith : C’est Alex qui a eu l’idée au départ. Il venait de réaliser une exposition autour du travail de Deanna, intitulée There Were 93 Goodbyes, dans sa Flow Photographic Gallery à Londres. Il connaissait également le travail de Judith, ayant collaboré sur ses livres Pleasant Street et Vacation. Alex nous a proposé d’exposer ensemble. L’idée nous a tout de suite plu. La question suivante était : comment présenter les deux corpus sur les murs ? La première idée était d’attribuer un espace à chacune, ou peut-être d’associer quelques photos par paires. Et puis on a eu l’idée de faire un échange d’images, en se répondant l’une à l’autre.
Alex Schneideman (curateur de l’exposition): J’avais imaginé au départ que Deanna regardait vers le haut, vers ses parents, et que Judy regardait vers le bas, vers ses enfants. Deux mères, deux directions du temps. Mais cette idée ne les a pas emballées. Ce qu’elles voulaient, c’était se mêler vraiment l’une à l’autre, partager leurs archives et voir ce qui allait se passer. Alors je suis devenu facilitateur. J’ai mis en place un document partagé, et pendant neuf mois, j’ai regardé, fasciné, cette chaîne d’images se construire, à la fois touchante et pleine d’humour.
Y a-t-il une paire d’images qui vous tient particulièrement à cœur ?
Deanna : Quand Judy m’a envoyé la photo de Malcolm tout habillé pour Pâques, avec sa cravate de travers, j’ai immédiatement pensé à un portrait que j’avais fait de mon fils sur le porche de mes parents. Theron porte un costume avec un nœud papillon et tient en laisse notre vieux chien. Deux petits garçons dans leur tenues du dimanche qui posent sagement. Qu’est-ce qu’il y a de plus attendrissant que ça ?
Judith : Ce qu’on a aimé par-dessus tout, c’est la façon dont certaines associations nous faisaient sourire, surtout vues côte à côte. On a été frappées de voir à quel point les rituels familiaux, les fêtes, les anniversaires, les scènes ordinaires à la maison, se ressemblent d’une famille à l’autre. Deux albums de famille, deux familles très différentes. Et pourtant.
Ce que ces images réveillent en nous
Comme je le mentionnais dans mon précédent article 2026 is the new 2016, quelque chose dans l’air du temps nous pousse à chercher ce que l’IA ne nous donne pas, cette chaleur un peu floue des souvenirs d’enfance, l’odeur d’une maison qu’on n’habite plus, le visage de quelqu’un qu’on n’a pas vu depuis longtemps. Et ces photographies de famille appuient exactement là où ça fait du bien d’avoir un peu mal.
La nostalgie, d’habitude, est une affaire solitaire. On la porte pour des gens qui nous appartiennent, pour des souvenirs qui sont les nôtres. Blended Families la rend collective. L’exposition nous montre que le temps passe pour tout le monde de la même façon : que les parents vieillissent partout pareil. Que les enfants grandissent partout pareil.
Ce qui est peut-être le plus touchant dans cette histoire, c’est que Deanna et Judith ne se connaissaient pas. Elles ont chacune photographié leurs proches pendant des décennies, dans leur coin. Et quand elles ont mis leurs archives côte à côte, elles ont découvert qu’elles avaient fait, sans le savoir, le même travail. Leurs familles, sans s’être jamais croisées, partageaient les mêmes gestes, les mêmes moments.
Beaucoup de personnes sont venues voir l’exposition Blended Families, et elles trouvent toutes des choses que je n’avais pas remarquées moi-même dans les photos. Tout le monde a sa propre idée de ce qu’est une famille et ça ouvre des perspectives infinies. Ces images ne parlent pas que de ces deux familles-là. Elles parlent de tout le monde. (Alex Schneideman)
C’est peut-être ça, le secret de cette exposition : on n’y vient pas voir la famille de Deanna ou celle de Judith. On y vient voir la sienne.
Deanna Dikeman (instagram – site web) / Judith Black (instagram – site web)
Blended Families, Flow Photographic Gallery (instagram), 1010 Harrow Road, Londres NW10 5NS. Prolongé jusqu’en avril 2026. Catalogue disponible sur flowphotographic.gallery
“2026 is the new 2016” : la nostalgie gagne aussi la photo
Le slogan “2026 is the new 2016” circule sur TikTok et Instagram depuis fin 2025 et a commencé à être largement partagé au début de 2026, comme un clin d’œil nostalgique aux codes culturels du milieu des années 2010.
La tendance ne s’arrête pas aux vêtements ou à la musique. Elle touche aussi notre façon de regarder et de créer les images. Les feeds instagram prennent des airs de retour vers le passé : grain sur les photos, filtres pastel, selfie au flash frontal.
Mais derrière cette vague esthétique, quelque chose de plus profond apparaît : un besoin de revenir à une période perçue comme plus simple, plus lente, moins saturée d’algorithmes.
Quand la photo reprend son temps...
Aujourd’hui, on prend dix fois la même photo “au cas où”. Je ne sais pas vous, mais ma galerie frôle les 30 000 clichés (oui, le tri attend toujours).
Face aux milliers d’images stockées dans nos téléphones et la facilité avec laquelle on prend des photos, l’argentique impose un cadre : le coût de la pellicule et du développement, et surtout, l’incertitude du résultat.
36 poses. Pas une de plus. On réfléchit avant d’appuyer. On accepte le flou. On attend le développement.
Pour la génération qui a grandi avec Instagram et les filtres numériques, le grain et les couleurs légèrement délavées des clichés argentiques ne sont pas des défauts, mais des marqueurs d’authenticité et de caractère.
C’est l’opposé de la retouche infinie, offrant une matérialité et une texture que le numérique peine à reproduire, même avec des applications sophistiquées.
.....et que la technologie revisite le passé
Les fabricants de pellicules, comme Kodak ou FujiFilm, connaissent un regain d’intérêt spectaculaire. Les appareils photo instantanés réapparaissent dans les soirées, les festivals et les voyages, non seulement pour leur look « vintage », mais aussi pour leur capacité à capturer l’ambiance brute et spontanée que l’on associe à la période pré-saturée des réseaux sociaux.
Et puis il y a les hybrides nouvelle génération, comme l’Instax Mini Evo : à la fois appareil instantané, imprimante pour smartphone et caméra vidéo. Cet objet mêle technologie et esthétique rétro, presque comme si deux époques s’étaient glissées dans le même appareil.
Sa particularité tient aussi à son sélecteur de filtres inspirés d’autres temps. On peut y voir une petite machine à voyager dans le passé, version poche.
Plus qu’une simple tendance vintage ?
La musique avait déjà ouvert la voie avec le retour du vinyle. La photo, à son tour, suit le mouvement.
Ce retour ne se résume pas à une mode vintage. Il raconte surtout l’envie de toucher les images, de prendre le temps d’attendre et d’accepter que certaines photos ne soient pas parfaites.
Peut-être que la simplicité du smartphone a rendu le geste photographique presque invisible. L’argentique, lui, réintroduit une forme de résistance : on ne peut pas tout contrôler.
Peut-être qu’en 2026, on ne cherche pas seulement à ressembler à 2016. On cherche surtout à retrouver ce petit frisson qui accompagnait autrefois le moment de déclencher… comme si chaque photo comptait un peu plus.
2016 chez Graine de Photographe
Chez Graine de Photographe, la nostalgie nous a aussi rattrapés. Alors on a fouillé dans nos archives et ressorti quelques articles publiés en 2016. Une petite capsule temporelle qui montre comment on parlait photo à l’époque… et qui, finalement, résonne encore pas mal aujourd’hui.
Pour prolonger ce petit voyage dans le temps, voici trois articles à (re)découvrir :
- Les photos minimalistes d’Adrien Leyronas
- Liberté, érotisme et tranquillité : les nus de Chill
- Space Ram, l’architecture new-yorkaise ultra colorée de Ramzy Masri


























































































































