Diplômée de l’école de Condé, la photographe Sarah Salazar sublime les corps à travers des photographies de nus à la mise en scène et à l’esthétique travaillées.

Touchés par sa sobre série Corps-Raccords qui met en scène un couple « anonyme », mais aussi par la douceur et la sensibilité des images en noir et blanc du projet Les Enveloppes, nous avons souhaité en savoir plus sur cette jeune et talentueuse photographe. Rencontre avec Sarah Salazar à travers une courte interview.

©️ Sarah Salazar

©️ Sarah Salazar

    • Pourriez-vous vous présenter ; comment avez-vous débuté la photographie ?

Bonjour ! Je m’appelle Sarah Salazar et j’ai 21 ans. Mon amour pour la photographie a commencé assez jeune. Enfant, je possédais des problèmes de motricité fine et ne dessinais pas comme les autres, alors ma mère eu la merveilleuse idée de m’acheter mon tout premier appareil photo à l’âge de 8 ans. Je photographiais un peu tout ce que je voyais (les fameuses photographies de fleurs et de pont au bord de lac haha!). Je dirai que c’est vers l’âge de 13 ans que j’ai commencé à faire mes premières mises en scène avec mes amies/modèles. Je me suis très vite rendu compte que j’étais particulièrement fascinée par l’humain, ses gestes et ses humeurs et surtout les relations qu’il entretient avec lui-même et les autres.
Après mon bac scientifique, j’ai réalisé une année de prépa artistique à l’Atelier de Sèvres à Paris, pour améliorer mes connaissances et gagner en maturité. Comme j’étais déjà assez décidée sur mon choix en terme de spécialité qui n’était autre que la photographie, je suis rentrée à l’école de Condé de Paris en Bachelor Photographie et images animées dont j’ai été diplômée ce mois-ci. Après trois années de formation plus que complètes et très enrichissantes,  je me considère comme une photographe plasticienne. Le corps, la matière, je dirai même le corps-matière sont au coeur de mon travail, ainsi que le mouvement et l’espace. Ces thèmes de travail induisent un aspect chorégraphique très fort dans mes images, j’apprécie particulièrement de travailler comme un metteur en scène.

©️ Sarah Salazar

©️ Sarah Salazar

    • Nous avons été particulièrement touchés par tes photographies de nus qui sont très douces et très esthétiques. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur ces photos ? Comment travaillez-vous la lumière ?

Comme je le disais, le corps est au coeur de mon travail. Je le considère comme une pâte à modeler avec laquelle on peut jouer à l’infini. J’aime repousser ses limites et ses expressions les plus étonnantes.
J’en ai fait mon meilleur moyen d’expression, et je ne pense pas qu’il me quittera de si tôt. D’ailleurs, durant plus d’un an, de 2019 à 2020 j’ai travaillé sur un projet très personnel se nommant : Les Enveloppes. Atteinte d’un mal invisible mais très douloureux, j’ai posé ma lumière là où il n’y en avait plus. La photographie a cicatrisé les blessures que j’avais refoulées durant des années. Et peut-être qu’un jour elle les soignera, qui sait ?
Pas mal de questions se sont bousculées lors de la création de ces images. L’image correspond-elle bien à ce que je vis et ce que je ressens ? L’approbation du public et sa reconnaissance sont-elles la réponse ? Existe-t-il une manière objective d’expliciter ses maux ? Dans tout travail introspectif, la subjectivité joue un grand rôle. Et je pense qu’avant tout, il faut être compris par et pour soi-même. C’est sans doute à ce moment-là, que l’artiste apprend à vagabonder avec ses déchirures, afin de les surmonter. Lorsque le spectateur va jusqu’à plonger son regard, son expérience et sa sensibilité dans une photographie, pour moi, elle acquiert le pouvoir de se projeter en lui, et finalement de lui rendre son regard. Le spectateur comme la photographie font l’image à l’unisson, ils sont capables de blesser tout autant que d’être blessé. Une permutation s’installe entre le corps qui se comporte comme un système d’enregistrement et la photographie qui se comporte comme un système organique. Cette transposition permet de comprendre comment l’image et le spectateur sont unis par un rapport bilatéral : tout devient corps en photographie.
J’aime l’idée que mes images ne soient pas intégralement comprises, je préfère provoquer une émotion, une sensation, une réflexion chez ceux qui les observe. Mieux encore, si elles invitent certains à se rendre compte qu’ils traversent une épreuve et qu’ils ne sont pas si invisibles ? La photographie est un mémoire individuel, mais aussi un miroir collectif des êtres qui nous entourent. C’est si facile de se sentir différent et tiraillé par l’incompréhension des autres, heureusement, l’art permet de briser les barrières et le cadre imposés et de remettre les compteurs à zéro. Peut-être existe-t-il un fameux langage universel… La création. Splendeur imperceptible, elle m’a permis de devenir visible et d’être comprise à travers le corps de l’autre.
J’aime travailler en lumière naturelle dans différents ateliers d’artistes ou des studios photo lumière du jour, d’une part pour sa douceur, mais aussi parce qu’il est important pour moi d’approcher d’une certaine vérité, les corps ne sont quasiment pas retouchés par exemple, j’aime être vraie du début à la fin de ma démarche.

Enveloppes ©️ Sarah Salazar

©️ Sarah Salazar

    • Ces photographies sont très intimistes. Comment les avez-vous réalisé ?

J’accorde beaucoup d’importance à la relation qu’entretient le modèle et le photographe, je trouve qu’elle a un côté magique par moment. Les femmes et les hommes avec qui je travaille sont ou deviennent généralement des amis proches, on réalise plusieurs projets ensemble et ils sont tous construits en amont. Je photographie essentiellement des personnes où leur corps est leur outil de travail : des danseurs, des modèles vivants, des performeurs… Par exemple pour ma série Corps-Raccords, la femme photographiée est ma plus grande muse : Tabatha. Avec Romain, son compagnon dans cette série, nous comptons continuer de produire des images ensemble à ce sujet. Dans mes images, je mets mes peines, mes joies, mes larmes. Je considère que la création artistique est inconditionnellement liée à la douleur, à la souffrance, à la fragilité, et plus simplement aux sentiments… L’artiste transcende et sublime sa peine, elle est son inspiration et son oeuvre. Cette oeuvre devient le support de son bien-être et voire même de sa survie. Ainsi, l’artiste peut faire preuve de résilience. C’est mon cas, en particulier avec mon projet Les Enveloppes que je vous évoquais plus haut.

Corps-Raccords Sarah Salazar

©️ Sarah Salazar

    • Avez-vous un message ou un conseil pour les personnes qui souhaiteraient se lancer dans la photo ?

Je pense que le plus important est de pratiquer et de tester le plus possible, de se rendre compte de ce que l’on aime, mais surtout de ce que l’on n’aime pas. Il faut aussi bien sûr être ouvert au monde et aux autres et ne jamais cesser de découvrir le travail d’autrui pour nourrir sa réflexion. Et avant toute chose, ne jamais laisser tomber ! Il y a de la place pour tout le monde, il faut juste le vouloir, et même si cela peut paraître niais, je dirai avant tout qu’il faut être soi-même sans artifice et parler de nous. Plus le travail est personnel, plus il est pertinent à mon sens.

©️ Sarah Salazar

©️ Sarah Salazar

 

    • Avez-vous des projets en cours ou à venir ?

Mes prochains projets se tournent plus vers l’art vidéo. Je pense réaliser des petits films de manière assez frénétique car lorsque je commence quelque chose, je ne lâche pas, un peu comme quand j’ai commencé la photographie, je ne faisais que cela. Enfin, vous me direz, je ne fais encore que cela haha! Et j’ai également un projet d’exposition à la rentrée de textes et d’images, pour ma série les Enveloppes.

©️ Sarah Salazar

©️ Sarah Salazar

 

Corps-Raccords Sarah Salazar

©️ Sarah Salazar

 

©️ Sarah Salazar

©️ Sarah Salazar

 

©️ Sarah Salazar

©️ Sarah Salazar

 

©️ Sarah Salazar

©️ Sarah Salazar

 

Sarah Salazar : SiteInstagram