Vincent Binant
Vincent Binant photographie là où la beauté du corps et de la nature se heurte à quelque chose de plus trouble, une tension sourde entre ce qui est montré et ce qui résiste au regard.
Guidé par l’envie de suggérer des émotions par le mouvement ou l’abstraction, il voit la photographie comme le seul médium qui lui soit vraiment propre.
« Je n’ai jamais pu vivre sans créer, mais c’est dans la photographie que j’ai trouvé le médium qui m’est le plus propre, en me servant d’une réalité dont je me moque totalement, une réalité dont je suis détachée, que je réinterprète pour ne jamais rester passif face à celle donnée, plutôt pour livrer la mienne, souvent déformée, mais toujours esthétique » (Dossier de Presse)
C’est dans cet esprit que naît Zhitong, une série présentée cette année au Festival Photo de Martagny. Des silhouettes de haute couture perdues dans des espaces industriels, une lumière qui effleure sans jamais tout révéler, des visages masqués ou à peine discernables.
La série pose une question : dans un monde qui exige visibilité et performance, que reste-t-il à ceux qui choisissent l’ombre ?
Pourquoi Zhitong ?
Zhitong est le prénom de la mannequin qui incarne cette série. Il m’a semblé essentiel, comme je le fais systématiquement pour l’ensemble de mes travaux, de donner son nom à cette série par pur respect pour sa présence et son implication
Il porte en lui une résonance qui cristallise cette « morale de l’ombre » que je voulais explorer. Dans une société qui impose l’injonction à la visibilité totale, ce nom désigne cette figure qui ne cherche plus à plaire à la norme, mais qui choisit de s’habiller pour honorer sa propre existence.
Zhitong, c’est le nom de cette posture radicale : celle de la maîtrise absolue de notre « soi » face à l’adversité du réel. En lui offrant le titre de cette série, j’ai voulu célébrer une esthétique qui refuse de se vendre pour exister, et affirmer que l’art reste l’ultime espace de liberté où l’individu se définit lui-même.
Y a-t-il une image de cette série, ou du processus qui l’a précédée, qui te tient particulièrement à cœur ?
Deux photos de la série me sont particulièrement chères
Tout d’abord celle-ci (en haut) car elle démontre parfaitement cette idée de volonté d’ailleurs, d’évasion, par le mouvement, la valise, le regard loin mais en définitive elle n’ira nulle part, elle sera forcée à accepter de rester dans ce vase clos et de combattre avec sa propre condition pour enfin l’accepter.
Puis dans un second temps, celle-ci (en bas) qui selon moi traduit parfaitement la suite de ce travail d’introspection et d’acceptation, elle se résigne enfin à accepter sa condition, reconnaît qu’il n’est pas nécessaire d’un ailleurs pour se plaire. La forme divine laisse à penser qu’elle se sent enfin en paix avec elle-même et qu’elle est arrivée au bout de son chemin pour enfin vivre mieux.

Le Festival Photo Martagny
Le Festival Photo Martagny, dans le Vexin normand, fête sa 9e édition du 13 juin au 30 août 2026 en transformant le village de Martagny en galerie à ciel ouvert avec onze expositions, dont celle de Vincent Binant.
Cette exposition au sein du Festival Photo de Martagny est née de la rencontre avec son directeur Laurent Lucas en qui j’ai un profond respect et qui, en plus de m’avoir laissé carte blanche, m’a proposé de réaliser l’affiche du festival.
J’ai donc réfléchi, écrit et réalisé cette série spécialement pour le festival, en travaillant une fois de plus sur des sujets qui me concernent particulièrement, notamment notre place dans la société, en l’occurrence au travers de sa validation par les autres


















