Qu’est-ce qui pousse un photographe à traverser le monde pour poser son objectif au Vietnam ? Pour Christophe Serour, la réponse est simple : l’urgence de voir.
Marseillais de naissance, installé à Cassis depuis quarante ans, il apprend la photographie comme on apprend à nager : en plongeant. La culture surf lui donne le goût du large, une façon d’aller chercher ce qui se passe ailleurs, loin des sentiers balisés. Depuis ses premiers voyages au Brésil dans les années 90 jusqu’à ses traversées aux États-Unis et aux Philippines, il accumule les kilomètres et les regards.
Cette article est consacré à son voyage photo au Vietnam. Un pays aux mille visages, entre tradition tenace et modernité qui s’impose, un terrain idéal pour un photographe dont l’œil cherche toujours à témoigner plutôt qu’à simplement montrer.
Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce tour du monde et de photographier le Vietnam ?
Mon désir d’ailleurs n’est pas né d’hier. Il s’est forgé dans l’enfance, nourri par les expéditions d’Ushuaïa et les films d’aventure comme La montagne du dieu cannibale. Si mon parcours académique m’a mené de la philosophie au design graphique, mon véritable apprentissage s’est fait sur le terrain.
En 1994, le Brésil a été mon premier grand choc : une traversée de l’Amazonie entre surf et rituels mystiques qui m’a révélé la puissance narrative de la photographie. Quelques années plus tard, j’ai quitté le confort de ma carrière pour une odyssée d’un an à travers 13 pays. Ce fut un voyage de transformation, marqué notamment par l’engagement humanitaire au Sri Lanka avec la création de l’association Ayubowan.
Le coup de foudre pour le Vietnam
Le Vietnam a été une révélation. J’ai été envoûté par l’esthétique de ses rizières embrumées et la résilience lumineuse de son peuple. Ce pays est devenu pour moi un terrain de jeu infini où je cherche à capturer l’équilibre entre la douceur d’un instant et la force d’une culture millénaire. Aujourd’hui, mon travail est une obsession constructive : témoigner de la fragilité de notre monde pour mieux apprendre à le protéger.
Après avoir photographié dans tant de pays différents, le Vietnam a-t-il changé quelque chose dans votre façon de voir ou de photographier ?
Le Vietnam a radicalement redéfini ma pratique. Là-bas, j’ai compris que la photographie n’est pas une saisie, mais une attente. Cette lumière si particulière m’a imposé un rythme plus lent, presque méditatif.
Ce que ce voyage a changé en moi :
- La quête de la nuance : Je privilégie désormais l’émotion contenue et les clairs-obscurs subtils aux contrastes violents.
- La sensibilité humaine : La résilience des habitants m’a poussé à explorer la fragilité des êtres avec plus de respect et de pudeur.
- La symbiose : Mon travail se concentre aujourd’hui sur ce lien invisible, mais puissant, qui unit les communautés à leur environnement naturel.
Le Vietnam m’a offert ce luxe rare : la sensation d’être en paix, parfaitement aligné avec mon sujet derrière l’objectif.
Quel matériel emportez-vous en voyage ?
Si mes débuts rimaient avec minimalisme (un Nikon et une focale fixe), mon approche numérique actuelle privilégie la préparation. Mon sac affiche désormais 10 kg au compteur, un poids nécessaire pour couvrir tous les besoins de terrain pour les voyages photo :
- Boîtier : Sony A7IV.
- Optique principale : Sigma 24-70 mm f/2.8 (mon outil de prédilection pour 95 % de mes clichés).
- Vue aérienne : Drone Mavic 3 et filtres dédiés.
- Longue focale : Sigma 150-600 mm Sport.
La discrétion par la distance
Le téléobjectif n’est pas qu’un choix esthétique, c’est une nécessité stratégique. Entre les réactions hostiles à Madagascar, les croyances liées au « vol de l’âme » au Nouveau-Mexique ou le mercantilisme systématique en Inde, la distance permet de rester observateur sans devenir intrusif. Parfois, face à la complexité du terrain, on se dit avec humour qu’un beau livre photo acheté en librairie est bien moins risqué !
Y a-t-il une image de cette série qui vous tient particulièrement à coeur ?
Si mon cœur balance entre plusieurs clichés, trois d’entre eux cristallisent pour moi l’essence même du Vietnam.
D’abord, ce contraste saisissant : une femme portant son palanche traditionnel devant un mur ocre saturé par une fresque de propagande. C’est la rencontre brutale entre la persistance du geste ancestral et le poids de l’histoire politique.
Ensuite, il y a cette centenaire Hmong rencontrée sur les hauteurs de Sapa. Ses rides sont autant de sillons tracés par les guerres et les épreuves, mais son regard reste d’une clarté désarmante. Elle incarne cette élégance résiliente qui me bouleverse tant.
Enfin, je retiens les champs d’encens de Quang Phu Cau. Ces courbes dorées qui sèchent au soleil ne sont pas seulement esthétiques ; elles sont le parfum même de la spiritualité vietnamienne. C’est une image de patience et de rituel, à la fois immobile et vibrante.
Ces photos sont mes piliers : elles me rappellent que mon rôle est de capturer la dignité de l’homme face au temps qui s’enfuit.
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