Kim Lang
Kim Lang vit et photographie à Londres depuis seize ans. Il partage son travail entre des commandes pour des titres comme The Rake ou The Ivy, et des projets personnels puisés dans ses origines capverdiennes et luxembourgeoises.
C’est cette double appartenance qui a donné naissance à Nations de l’Atlantique, une série qui relie des îles séparées par l’océan mais unies par une même histoire créole : Cap-Vert, Barbade, Brésil… Lang y capte des scènes du quotidien, jamais mises en scène, pour révéler ce que ces territoires ont en commun plutôt que ce qui les distingue.
Il nous raconte comment cette série est née, comment elle travaille, et pourquoi les petites nations insulaires occupent une place aussi centrale dans son regard.
Son histoire
Kim Lang a grandi entourée d’art visuel : son grand-père documentariste animalier l’a emmenée dès six ans en Namibie et en Afrique du Sud, et sa mère, photographe amateur passionnée par les cultures amérindiennes, utilisait l’image pour transmettre une représentation authentique de ces peuples.
Elle (sa mère) utilisait la photographie pour partager ces histoires dans les écoles et lors d’événements au Luxembourg, cherchant à diffuser une image authentique des peuples autochtones, loin de toute représentation exotisée ou stéréotypée.
Ayant grandi dans cet environnement, la photographie est naturellement devenue pour moi un moyen d’expression privilégié : un outil pour communiquer ma vision du monde.
À l’adolescence, sa découverte du théâtre et de Photoshop l’a menée vers un versant plus artistique et construit de la photographie, où le montage lui permettait de créer des univers narratifs. Aujourd’hui, il s’éloigne progressivement de cette manipulation numérique pour privilégier une approche plus organique, fondée sur la lumière et la maîtrise technique, tout en restant attachée à cette origine artistique de sa passion.
Sa série photo « Nations of the Atlantic »
Avec Nations of Atlantic, Kim Lang explore les liens qui unissent des îles atlantiques partageant une histoire et une identité créole, souvent effacés par les divisions médiatiques actuelles. Il construit un sentiment d’unité et d’intemporalité entre ces lieux, une photo prise à la Barbade pourrait tout aussi bien évoquer le Cap-Vert.
Ce qui est profondément spécifique et unique à un lieu peut aussi être perçu comme universel, invitant le spectateur à dépasser les idées préconçues et clivantes sur l’individualité pour lui rappeler la beauté des liens qui unissent les lieux, les cultures et les expériences.
Il conçoit la série comme une œuvre évolutive, dont le sens se transforme avec le temps : une image de pêcheur peut aujourd’hui évoquer la menace climatique pesant sur ces nations insulaires, et demain raconter un mode de vie disparu ou un écosystème régénéré.
J’apprécie cette complexité ouverte, où les photographies s’adressent directement au présent tout en laissant entrevoir un avenir fugace et un passé empreint de nostalgie.
Enfin, porté par son héritage capverdien, Kim veut redonner de la beauté aux gestes simples du quotidien, comme un jeune cavalier s’entraînant seul sur une plage au lever du soleil avant l’arrivée des touristes.
Pour lui, ce qui compte, ce n’est pas la réalité telle qu’elle est, mais la façon dont on choisit de la voir. C’est une manière de chercher un contentement vrai, loin des distractions.

Photographier pour aller à la rencontre de l’autre
Les personnes photographiées par Kim Lang sont le fruit de rencontres spontanées, jamais mises en scène.
Sa méthode : se documenter en amont sur un lieu, puis se laisser guider par l’instant, au fil de promenades solitaires où certains moments captent son regard.
« Même si je travaille sur des séries avec un sens et un ton clairs, je souhaite aussi être surprise, évoluer et m’émerveiller devant la magie authentique et sincère de certaines choses. »
L’appareil photo lui sert avant tout d’outil d’apprentissage et d’ouverture : une simple promenade au coucher du soleil peut le mener, par exemple, à croiser des adolescents jouant au futevôlei sur une île brésilienne et à en découvrir le sens culturel à travers leur regard.
« L’appareil photo, et le fait de demander la permission de prendre une photo, ne sont qu’un point d’entrée pour s’immerger véritablement dans l’histoire locale. »
Y a-t-il une photo qui est particulièrement importante pour vous ?
Pendant des années, la photo du jeune pêcheur portant un requin-marteau sur ses épaules a été la plus importante pour moi. Elle marquait une rupture avec l’idée préconçue, en photographie de rue, qu’une image devait être brute, dramatique ou centrée sur la souffrance. Ce sont là des conceptions très traditionnelles, et trop souvent occidentales, de la manière de représenter l’étranger.
Au contraire, cette image m’a révélé une vision du monde beaucoup plus personnelle et authentique, et la façon dont je souhaite le représenter à travers la photographie : colorée, nostalgique et empreinte de fierté. On pourrait raconter cette même histoire de bien des manières, en insistant sur la souffrance ou la violence en mer, mais c’est la simplicité, la fierté et la joie qui m’ont fait aimer cette photo et cette approche en particulier. Depuis, j’ai continué sur cette voie, en prenant mes distances avec l’utilisation dramatisée de la souffrance et de la brutalité dans la photographie de rue et documentaire.
Aujourd’hui, cette image figure parmi mes préférées, et peut-être a-t-elle perdu un peu de son importance première. Je crois avoir pris depuis de nombreuses autres photos qui sont devenues tout aussi importantes, voire plus, à mes yeux. L’une d’elles est celle de l’homme avec son cheval dans la mer, prise à la Barbade, qui, je crois, pousse cette pratique encore plus loin.
Cependant, la photo du pêcheur avec le requin-marteau restera toujours celle qui a donné le ton et le style à nombre de séries qui ont suivi.

















