Le portrait n’a jamais été un genre figé. Chaque génération de photographe le réinvente avec ses propres codes, ses obsessions, sa manière de regarder l’autre. On vous a sélectionné dix pépites qui comptent aujourd’hui, avec pour chacun une lecture rapide de ce qui rend leur travail reconnaissable entre mille.

Nadia Lee Cohen

Nadia Lee Cohen photographie comme elle tournerait un film. Son Amérique rétro, années 50 à 70, oscille entre kitsch assumé et critique sociale bien plus fine qu’il n’y paraît. Son projet le plus marquant, HELLO My Name Is (2021), part d’une collection de badges prénoms chinés dans des brocantes anglaises : elle a incarné 33 personnages imaginaires à partir de ces simples étiquettes, entre maquillage, prothèses et mise en scène. Avant cela, son premier livre Women (2020) rassemblait déjà cent portraits cinématographiques de femmes anonymes. Elle a aussi photographié des figures comme Pamela Anderson ou Billie Jean King. 

Vous avez surement vu également passé sur les réseaux sociaux son shooting photo Théâtrale de Zendaya et Robert Pattinson pour l’interview mag pendant la promotion de leur film The Drama.

Tyler Mitchell

Son univers pastel et onirique ne cherche pas à démontrer mais à célébrer : la liberté des corps noirs, la légèreté, le droit à la joie tout simplement. Diplômé de la Tisch School of the Arts à New York, il a d’abord filmé du skate avant de basculer vers la photo. Sa carrière prend une tout autre dimension en 2018 : à 23 ans, Beyoncé le choisit personnellement pour signer la couverture du numéro de septembre de Vogue US, un des numéros les plus vendus de l’histoire du magazine. Un an plus tard, ce portrait entre dans les collections permanentes du Smithsonian National Portrait Gallery à Washington.

Sonia Sieff

Photographe française, Sonia Sieff travaille l’intime avec une évidence rare. Son rapport au corps et à la lumière naturelle donne des portraits qui semblent ne rien forcer, loin des mises en scène trop appuyées. Dans ses derniers livres photos Les Françaises et Rendez-vous !, elle nous partage un regard direct sur la nudité, la sensualité et la spontanéité des corps photographiés.

Découvrez son dernier livre Rendez-vous !, qui explore la nudité masculine dans notre précédent article ici.

Le nu éthiopien, 2021 © Sonia Sieff

Martin Schoeller

Chez Martin Schoeller, tout le monde est logé à la même enseigne. Ses gros plans frontaux, éclairés de façon parfaitement égale, s’appliquent aussi bien à une star hollywoodienne qu’à un inconnu croisé dans la rue. Formé à Berlin, il part assister Annie Leibovitz à New York au milieu des années 90, avant de développer sa propre grammaire visuelle : cadrage serré, lumière plate, aucun décor pour distraire le regard. Sa série Close Up, suivie depuis plus de vingt-cinq ans et rassemblée dans un livre chez Steidl, compte aujourd’hui plus de 3 000 visages photographiés selon le même protocole.

 @martinschoeller

Christopher Anderson

Chez Christopher Anderson, le portrait naît d’abord d’une relation.

Avant de photographier quelqu’un, il faut le comprendre, ou du moins essayer. Membre de l’agence Magnum de 2005 à 2023, il s’est d’abord fait connaître par un reportage marquant : en 1999, il embarque avec 44 migrants haïtiens sur une embarcation de fortune qui finira par couler en mer des Caraïbes, un travail récompensé par la médaille d’or Robert Capa.

À la naissance de son fils Atlas en 2008, il abandonne peu à peu le photojournalisme de guerre pour un regard plus intime, donnant naissance à ses livres les plus connus, Son puis Pia, consacré à sa fille.

Deana Lawson

Deana Lawson construit ses images comme des scènes de théâtre. Elle travaille souvent au sein de communautés afro-descendantes, dans des intérieurs domestiques qu’elle transforme en espaces presque sacrés. Rien n’est spontané : chaque décor, chaque pose, chaque accessoire est pensé en amont avec les personnes photographiées. En 2020, elle devient la première photographe à recevoir le Hugo Boss Prize, l’un des prix d’art contemporain les plus courus au monde, remis jusque-là surtout à des sculpteurs ou vidéastes. Elle enseigne aussi à Princeton et a signé le portrait d’Angela Davis pour Vanity Fair.

 Voir son travail

Jasa Müller

Photographe slovan installé à Paris, Jasa Müller mélange photographie et peinture. Ses portraits brouillent la frontière entre les deux médiums, entre matière picturale et prise de vue argentique ou numérique. Cette hybridation questionne directement ce que devient le portrait aujourd’hui, à l’heure où l’image se retouche, se recompose et se génère aussi par d’autres moyens que l’appareil photo.

Couverture du livre photo Portraits © Rineke Dijkstra

Rineke Dijkstra

Rineke Dijkstra photographie des adolescents sur une plage ou de jeunes recrues militaires, toujours de face, sans artifice. Sa série la plus célèbre, Beach Portraits (1992-1994), l’a fait connaître internationalement après sa présentation au MoMA puis à la Biennale de Venise en 1997. Sa seule consigne à ses sujets : ne pas sourire, ce qui laisse toute l’émotion se loger ailleurs que dans le visage, dans la posture du corps entier. En 2017, elle reçoit le prix Hasselblad, une des plus hautes distinctions internationales en photographie.

Platon

Platon a photographié des chefs d’État, des artistes, des figures publiques du monde entier. Sa signature : une frontalité radicale, un regard qui ne fuit jamais l’objectif. Son portrait de Vladimir Poutine pour la couverture Personnalité de l’année de TIME en 2007 reste sans doute son image la plus célèbre : pour détendre l’atmosphère avant la prise de vue, il avait simplement demandé au président russe quelle était sa chanson préférée des Beatles. Cette photo lui vaudra le premier prix du World Press Photo l’année suivante. Il a depuis signé plus de vingt couvertures pour TIME et fondé The People’s Portfolio, une fondation dédiée aux défenseurs des droits humains

Laura Stevens

Photographe britannique installée à Paris, Laura Stevens s’intéresse à ce qui se joue en silence dans un regard. Ses compositions, calmes et cinématographiques, racontent des états psychologiques, entre vulnérabilité, intimité et solitude. 

Son travail se situe à la croisée du female gaze et de récits personnels autour de la relation et de la transformation. Ses photographies, presque sombre, nous plonge dans l’intimité de chaque personne photographié. 

En Bonus : Szilveszter Mako

Comment ne pas citer le chouchou de la rédaction de Graine de Photographe ?

Ce photographe et directeur artistique photographie certaines des plus grandes stars actuelles. Talent émergent dans la photographie de portrait, Szilveszter Mako nous captive avec ses mises en scènes artistiques qui lui sont propres.

Sa double casquette se sent dans ses images : chaque prise de vue semble pensée comme une direction artistique complète, du choix du décor à la construction de la lumière. Ses photographies mêlent mise en scène et collage entièrement fait à la main, à partir principalement de matériaux recyclés, leur donnant cet aspect théâtral et pictural, si particulier.