Photographe et directrice artistique basée à Paris, Marta Bevacqua s’est imposée comme une voix singulière dans la photographie de mode et de portrait. Ses images paraissent dans des titres comme Grazia ou Vogue, mais c’est d’abord une sensibilité, romantique, minimaliste, profondément humaine, qui les rend reconnaissables. Chaque portrait de femme qu’elle réalise porte une histoire, racontée avec grâce et une vision résolument émancipatrice.
Nous l’avions déjà rencontrée 10 ans auparavant, dans notre précédent article (INTERVIEW : Les portraits de la photographe Marta Bevacqua). Aujourd’hui, c’est un tout autre territoire qu’elle explore : Signs_, un livre de photographies réalisées aux îles Svalbard entre 2016 et 2024, en plein hiver arctique.
Pouvez-vous nous parler de vos débuts en photographie ?
« J’ai grandi dans une maison dans la campagne de Rome. Je me suis rapprochée de la photographie sur internet, en cherchant des images pour un jeu en ligne, et après ça, j’ai continué à en regarder juste pour le plaisir. Après, je me suis dit d’essayer moi même de prendre quelques photos, et avec un appareil cassé que j’ai trouvé chez moi, j’ai commencé et jamais arrêté.
Au début, je me suis concentrée sur la nature et les portraits (avec mes sœurs, mes amis,…). La mode est arrivée un peu par hasard : j’ai fait un cours d’une semaine en Fashion Photography à la Central Saint Martins de Londres, puis mes premières éditos à Milan. Le choix de partir s’est imposé, j’ai choisi Paris et j’ai déménagé en janvier 2014. Je suis encore là.
Petit à petit j’ai construit ma carrière, trouvé mon agent et ma dimension ici en France. Maintenant ça fait 12 ans, le temps passe vite ! »
Qu’est-ce qui a le plus évolué dans votre pratique ces dix dernières années ?
« Tout d’abord j’ai eu beaucoup de clients, et j’ai appris à gérer leurs envies tout en gardant mon style. J’ai eu des projets commerciaux, d’autres plus artistiques. J’ai beaucoup voyagé, je me suis amusée. Surtout, j’ai grandi pendant que je construisais ma carrière. Je suis devenue qui je suis maintenant aussi grâce à ça. Mon style a évolué, je pense l’avoir affiné, j’ai expérimenté, j’ai fait des erreurs, et j’ai fini par trouver le bon chemin. Dix ans, c’est simplement la vie. »
Signs_ : le grand nord comme terrain personnel
Pouvez-vous nous parler de votre livre photo Signs_ ? Qu’est-ce que vous souhaitiez transmettre à travers ces images ?
« Signs_ est une collection de photos prises lors de mes voyages aux îles Svalbard, au nord. C’est un endroit très important pour moi, j’y suis allée cinq fois, et pendant mon dernier séjour, j’ai décidé de partager cette passion avec un livre. Au fil des années, j’y ai réalisé énormément de projets, et c’est là-bas que je me suis aussi lancée dans la photo de paysage, le conceptuel, la nature. »
« Ce que je raconte avec Signs_, c’est un voyage dans la nature sauvage, dans le silence et la lumière, des endroits où les humains n’ont pas vraiment leur place, mais où ils peuvent apprendre à explorer tout en respectant la nature. »
Y a-t-il une photographie du livre que vous aimez particulièrement ?
Oui, c’est un autoportrait que j’ai pris à la fin d’une journée très spéciale. Je pense qu’il représente le silence, les lumières et l’amour que j’ai pour les Svalbard.
Voyez-vous une évolution dans votre façon de photographier ?
« Absolument. J’ai gardé que la simplicité. Avant, j’utilisais beaucoup plus de props, de matériel. Maintenant j’ai besoin d’un appareil photo avec mon objectif préféré, le 50mm, et c’est tout. Mes photos sont aussi beaucoup plus naturelles, spontanées, et moins chargées. Je me suis un peu libérée de tout ce qui n’était pas nécessaire. »
Comment définiriez-vous votre style photographique aujourd’hui ?
« Je pense que c’est un mix de tout. J’ai beaucoup travaillé, rencontré énormément de gens, vécu de belles expériences, et aussi de mauvaises. Tout fait partie de mon évolution. Aujourd’hui, je dirais que mon style est naturel, simple, et très émotionnel. »




















