Début 2021, une faille éruptive s’ouvre sur la péninsule de Reykjanes en Islande. Les images de cette nouvelle éruption volcanique font le tour du monde, d’autant que l’accès sécurisé au bord du volcan attire islandais et étrangers. Impossible alors pour le photographe globe-trotteur Check My Dream de résister à cette merveille de la nature. Embarquez survoler les rivières de lave et découvrez à travers son récit les techniques pour photographier une éruption volcanique !

Le contexte du projet

Depuis plusieurs semaines, les tremblements de terre se répètent quotidiennement laissant présager d’un réveil volcanique imminent. Le 19 mars 2021 au soir, la nouvelle tombe : sur la péninsule de Reykjanes à 40km au sud de Reykjavik, une fissure éruptive est apparue laissant entrevoir les premiers flots de lave. Rapidement je me projette et étudie la zone de l’éruption. Je veux connaître son accessibilité.
Ayant vécu les éruptions volcaniques d’Hawaï en 2018 et de l’île de la Réunion en 2016, j’ai conscience de l’importance de ces travaux préparatoires afin de profiter pleinement de ce phénomène. Faut-il marcher ? Si oui, dans quelles conditions ? L’accès est-il autorisé par les autorités ? Autant de questions trouvant rapidement une réponse grâce aux informations communiquées par les autorités, mais aussi et surtout grâce aux réseaux sociaux. Lorsqu’apparaissent les premiers selfies devant le volcan, vous comprenez non seulement que l’accès est autorisé, mais qu’il doit être en plus « relativement » simple.

Eruption volcanique en Islande photographiée par Check My Dream
© Check My Dream

L’accès au site de l’éruption volcanique

Les autorités islandaises gèrent l’accès au site de manière exemplaire. Ils ont non seulement mis en place très rapidement un balisage du sentier fraichement créé (cordes, panneaux), mais ils informent aussi quotidiennement sur les conditions météo et la distribution des gaz. Sur place, des équipes de secouristes veillent tous les jours et se relaient pour assurer la sécurité des visiteurs. L’accès se ainsi fait dans les meilleures conditions de sécurité possibles.

L’accès au site est également grandement facilité par la nature même de cette éruption volcanique ; les laves émises étant de type effusif et en petite quantité. Grands panaches de cendre et explosions font place aux jets et rivières de lave tentant de trouver leur chemin dans le paysage. Constant mais relativement faible, le débit de lave (allant de 5 à 7 m3/s) participe pour beaucoup à la mise en confiance des autorités et à leur capacité à ouvrir le site sereinement. On est donc loin de l’éruption de l’Eyjafjallajökull et de son pouvoir destructeur qui avait paralysé le trafic aérien. C‘est la première fois depuis des générations que les islandais eux-mêmes ne craignent pas le phénomène qui a pour ainsi dire « créé» leur pays.

Eruption volcanique en Islande photographiée par Check My Dream
© Check My Dream

Néanmoins, il ne faut pas oublier que l’hiver est encore bien présent en Islande au moment de ma visite. Régulièrement, il faut donc s’abriter le temps que les conditions soient plus clémentes, ne serait-ce que pour se rendre près du volcan. Une fois sur place, il n’y a pas le moindre arbre ou rocher pour se mettre à l’abri. On se retrouve alors à la merci des éléments.

Le projet 

La vidéo aérienne permettant davantage d’amplitude et de proximité (en comparaison à la photographie au sol), mais aussi car il est bien plus captivant de voir une éruption volcanique en temps réel qu’à travers une série d’images fixes, je décide donc d’articuler ce projet autour de la prise de vue aérienne au drone.
Bien que passant une grande partie de mon temps sur le site à voler, j’emporte selon l’humeur et mon ressenti mon reflex. Je me retrouve donc régulièrement tiraillé entre l’envie de faire de la photo ou du drone… Après tout, nous cherchons ces mêmes instants magiques et la lumière parfaite pour shooter.

Aujourd’hui et avec le recul, j’ai vécu des moments d’une rare intensité. C’est possiblement une de mes plus belles expériences de vie !

Eruption volcanique en Islande photographiée par Check My Dream
© Check My Dream

La technique photographique

C’est probablement un des phénomènes les plus challengeant qu’il m’ait été donné de photographier ! Aussi envoutant soit-il, cela reste de la photographie de paysage soumise aux mêmes « règles » de composition et de gestion de la lumière. 

Gérer la lumière lors d’une éruption volcanique 

Il s’agit certainement de la composante la plus compliquée à gérer ! D’un côté, vous trouvez des roches volcaniques sombres au possible ; de l’autre de la roche en fusion extrêmement lumineuse. Gérer ces deux éléments simultanément (et sans bracketing) n’est possible que lors d’un laps de temps particulièrement court dans la journée. D’expérience, le meilleur moment survient peu après ou juste avant le lever de soleil, lors de l’heure bleue. À ce moment précis, la lumière résiduelle est encore suffisante pour éclairer la roche mais sans excès. Il est ainsi possible d’éviter les contrastes trop prononcés que nous pouvons retrouver en pleine journée.
Qui plus est, le choix du moment influe également sur la couleur de la lave. En journée, la lave aura tendance à tirer dans les teintes orangées. Cependant, une fois la lumière déclinante, celle-ci se fera de plus en plus rouge à mesure que l’obscurité s’installe.

Eruption volcanique en Islande photographiée par Check My Dream
© Check My Dream

La composition

Bien que le sujet soit particulièrement esthétique et prédominant, il n’est pas pour autant aisé de composer une photo le mettant en valeur. Souvent, vous vous retrouverez face à des murs de roches (les dernières coulées de lave) de plusieurs mètres d’épaisseur. Il s’agit alors d’une immense masse sombre sans ligne directrice permettant de lire l’image instinctivement. À de rares occasions (dont la cause m’est inconnue), la lave prend une forme et une viscosité particulière. Se créent alors ce qui pourrait s’apparenter à des plis plus communément appelés « lave Pahoehoe » (en référence à la première fois que ce mot fut utilisé à Hawaï pour caractériser ce type d’écoulement). Une fois le premier plan tant recherché trouvé et le sujet placé, il me fallait alors avoir la bonne lumière (à l’heure bleue donc). Parfois, certaines émanations de vapeur m’ont aidé à donner un côté plus dramatique à la photo.

Eruption volcanique en Islande photographiée par Check My Dream
© Check My Dream

Les conditions de photo sur le site de l’éruption

Et oui, ça serait trop simple sinon ! En Islande, la météo peut virer en quelque minute du beau temps à la tempête.
Bien que j’ai pris l’habitude de regarder systématiquement les prévisions avant de partir, une fois sur le terrain, je me suis trouvé nombre de fois dans la tourmente. Ce n’est pas tant la pluie que j’évite à tout prix. Mais pour faire décoller le drone, c’est le vent, souvent terrible, qui me pose problème. Si bien que le drone a très peu volé par temps calme. 

L’autre aspect est le volcan en lui-même (ou plutôt la fissure éruptive), extrêmement chaud ! Avant même de partir, j’ai fait l’acquisition d’un deuxième drone (DJI Phantom 3 Advanced) par sécurité et aussi pour me donner plus de liberté d’entreprendre des shoots davantage ambitieux. 
Je peux le dire, j’ai poussé le drone dans ses derniers retranchements ! Il a littéralement passé des heures à se faire irradier sans sourcilier ou presque. J’ai volontairement pris un drone « ancienne génération » dont les plastiques sont bien plus épais et donc résistants que les derniers qui me font penser à des avions en papier. D’ailleurs, via Instagram, j’ai pu constater que nombre d’entre eux reposent à présent 6 pieds sous terre.

Partant de ce constat et aidé d’un collègue spécialiste, nous allons développer le premier drone conçu pour les milieux volcaniques ! Affaire à suivre dans un prochain projet.

Eruption volcanique en Islande photographiée par Check My Dream
© Check My Dream

Les réglages photo

J’ai adopté deux approches. La première portait sur la texture et la matière : je shootais alors avec une ouverture optimale pour obtenir le meilleur piqué sur mon optique (F8/F10) et un temps de pose relativement plus court. À partir de là, j’ajustais mon temps de pose en fonction de la lumière désirée, mais aussi de la lave qui apparaissait ! Car sous la pression et le débit constant, des coulées apparaissaient à intervalles réguliers, mettant ainsi en défaut tous mes réglages.

Eruption volcanique en Islande photographiée par Check My Dream
© Check My Dream

Mon second souhait était d’intégrer le cône volcanique dans la composition. Pour ce faire, j’ouvrais aux alentours de F13/14 afin de bénéficier d’une meilleure profondeur de champ et calmer un peu la lumière émise par la lave. Cela dit, ce n’est souvent pas suffisant. J’ai donc dû utiliser un filtre, y compris de nuit, de chez NISI (un GND 0.9) dans le but de calmer l’intensité lumineuse. 
Dans les deux cas, il m’a toujours fallut utiliser un trépied bien stabilisé et une monté en ISO la plus faible possible.

Eruption volcanique en Islande photographiée par Check My Dream
© Check My Dream

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